dimanche 5 octobre 2008

[Tourne Disque] : Shugo Tokumaru - Exit

Label : AlmostGold Recordings
Sortie : 8 Septembre 2008
(Sortie originale au Japon : 19 Octobre 2007)
4/5



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Quelque part à Tokyo, dans un appartement qu'on imagine petit et mal rangé, il y a un garçon de 28 ans qui a accumulé des tas d'instruments depuis qu'il a commencé à jouer de la guitare à 14 ans. On dit qu'il a plus d'une centaine, plus ou moins petits, sans compter tout les petits jouets qu'il accumule. Il sait jouer de beaucoup de choses, que ce soit du piano, du ukulélé , de l'accordéon ou de la scie musicale. Avec tout ça, il compose tout seul des petits morceaux qu'il enregistre tout seul sur son ordinateur. Ensuite, il sort des albums absolument magnifiques, et recommence. Ce garçon s'appelle Shugo Tokumaru, et son troisième album Exit, qui vient (enfin!) de bénéficier d'une sortie mondiale près d'un an après sa sortie au Japon, est l'occasion idéale de se rendre compte qu'il est peut être l'un des plus merveilleux orfèvre de la musique folk bricolo actuelle.

En 2004, quand était sorti très discrètement son premier album Night Piece, on ne pouvait être que surpris devant l'univers sonore que Shugo Tokumaru créait avec ce tout petit album qui ne dépassait pas la demi-heure. Des arpèges délicats et la voix toute douce du monsieur se mêlaient au sein de compositions modestes et chaleureuses, c'était une musique très personnelle qui se basait sur des petits riens, assez calme et agréable. L'intimisme de l'ensemble avait un aspect charmant, aimable, quasiment amical et surtout très confortable. Cet album était presque trop discret, trop doux, trop timide, on sentait bien (ou du moins on espérait!) que les ambitions musicales du jeune homme allaient bien plus loin que ces compositions certes magnifiques, mais un peu trop timorées. Son deuxième album, L.S.T, allait, heureusement, dans la direction attendue, avec une musique plus ambitieuse et plus forte. Sauf qu'entre temps, les chansons avaient perdues de ce charme délicat qui faisait de Night Piece un album indispensable. Le pire était imaginable, l'image de l'artiste qui perd son âme en voulant ouvrir sa musique traversait l'esprit. On (comprendre je) pensait que ce serait le dernier bon album du monsieur. On était pas loin de se désoler d'un tel petit gâchis.

Et puis, parfois, ça arrive, les choses qu'on souhaite profondement arrivent, et les artistes font exactement ce qu'on attend d'eux. Ainsi, miraculeusement, Exit est l'album qu'on attendait, celui qui aurait du sortir après son premier essai, celui qui montre avec brillance le talent total de son géniteur, et qu'il est absolument parfait d'écouter en ce moment, avec l'automne qui vient de vous tomber dessus et les feuilles mortes qui colorent les trottoirs. Grand carnaval de sons et d'émotions, ce troisième album va beaucoup plus loin que ses prédécesseurs en offrant une musique magnifique, d'une richesse étonnante, remplie de petits détails plus géniaux les uns que les autres. Pour s'en rendre compte, il n'y a qu'à écouter le morceau le plus immédiat et puissant de l'album, Green Rain : Shugo Tokumaru réussi à mêler au sein d'un même morceau des rythmiques irrégulières, des mélodicas qui s'envolent tout les sens, un refrain entêtant d'une légèreté totale, et au milieu de cette valse de sons un long passage calme et mélancolique au piano. Cette musique est complexe ; elle est à la fois immédiatement touchante, mais elle se révèle lentement, morceaux par morceaux, en véritable mélange d'émotions qu'est cet album. Parsemé de petits passages instrumentaux qui semblent être des mélanges étranges de pop des 60's transposée dans un univers enfantin aux milles sonorités, cet album est à la fois traversé par une unité d'ambiance absolument délicieuse, comme un longue fin d'après-midi paresseuse que l'ennui ne mine pas, mais est aussi un joli kaléidoscope sonore un peu foutraque : Sanganichi a un coté folk au coin du feu avec ses petits claps mais juste après ça, on tombe sur l'hilarant D.P.O., sorte de morceau rock'n'roll de poche entièrement accoustique et absolument génial, avec xylophones et ukulélé endiablé.

Ce n'est pas contradictoire ni tant surprenant que ça, tout est absolument à sa place ici, les morceaux vont toujours dans le bon sens. Shugo Tokumaru pousse d'ailleurs encore plus loin l'ambition avec le morceau La La Radio, qui se transforme progressivement de jolie ballade avec des mandolines en véritable mini-montée quasiment post-rock (!!!) avant d'exploser sur une coda éblouissante et pop. Ce qui est fascinant ici, c'est que cette musique très inspirée par la folk américaine (il suffit d'entendre le dernier morceau, Wedding, avec son banjo et sa guitare qui aurait pu être jouée par John Fahey) garde quand même un coté étonnant et original car absolument japonais, et loin de moi l'idée ici de vouloir faire mon colonialiste amateur de japonaiseries. Il y a quelque chose dans la manière dont les mélodies sont agencées et les accords se succèdent qui peut clairement faire dire, pour peu qu'on écoute régulièrement des songwriters venus de l'archipel, qu'il y a un certain type d'écriture folk tout à fait propre à ce pays, une certaine originalité musicale qui fait ainsi naitre des albums comme celui-ci, en dehors de tout, perdus entre l'est et l'ouest pour créer autre chose.

En ce moment même sur Paris, il fait gris et un vent froid vient se cogner aux vitres. On est en plein milieu de l'après midi mais le soleil est noyé dans les lourds nuages, et nous voilà presque obligés d'allumer les lampes pour lire, tant l'obscurité glacée s'immisce dans les maisons. Mais c'est exactement dans cette situation que la musique de Shugo Tokumaru révèle sa qualité la plus formidable et attachante : elle est la chose la plus chaleureuse qui peut parvenir aux oreilles et les nappes de sonorités boisées d'un morceau comme Parachute font l'effet d'une véritable couette musicale, à écouter bien emmitouflé, partagé entre le rire et la douce mélancolie.

Émilien.

un lien vers votre nouvel ami : www.myspace.com/shugotokumaru

Lien vidéo de l'album :
Le clip bizarre tout en collages absurdes de Green Rain.

2 commentaires:

baby genius! a dit…

<3

Benoit a dit…

un album que je n'ai cessé d'écouter ces dernières semaines et qui figurera sans doute en bonne place dans mon top de fin d'année :