dimanche 12 octobre 2008

[Tourne Disque] : of Montreal - Skeletal Lamping

Label : Polyvinyl
Sortie : 21 Octobre 2008
0,5/5





Ne l'achetez pas
Ne l'essayez pas

2001 : of Montreal sortait un album brillant qui s'appelait Coquelicot Asleep In The Poppies, génial kaléidoscope pop bariolé et sophistiqué, rempli de pianos et d'accord majeurs. Un petit chef d'œuvre qui succédait à d'autres albums très réussis. Kevin Barnes, tête pensante de ce groupe qui est quasiment son projet solo, était un genre de Syd Barrett lucide moderne, ce groupe issu du formidable collectif Elephant 6 était promis à un avenir radieux. La suite? C'est une chute inexplicable dans le vide et le ridicule, avec des albums de plus en plus minables. Allez savoir pourquoi, les pianos furent troqués contre des synthétiseurs fluos, la batterie contre des beats stupides, les chœurs contre des "oh ohhhh" outrés et les influences 60's se mutèrent en relents gastriques 80's. A chaque étape de cette dégringolade, on pensait qu'ils avaient finalement touché le fond, que le pire était fait. L'étron musical suivant contredisait cette théorie, etc. Des espèces de Bee Gees modernes : plus connus pour leurs conneries disco que pour leurs jolis premiers albums tout mignons et pop. Et maintenant, voilà Skeletal Lamping, et on ne peut plus se consoler qu'en se disant que le prochain album du groupe sera encore plus déplorable. D'ici là, il nous reste ce gros bidule indigeste et phosphorescent à subir, la chose la plus affreuse jamais sortie par le groupe américain, jusqu'à la prochaine fois.

Ah oui mais cet album est fun, il est cool, il est marrant, il est décontracté, il est foufou. C'est son excuse. La plus pratique des excuses, celle qu'on se donne quand on fait n'importe quoi ivre le samedi soir. Les paroles sont remplies de trucs sexuels (I want to make you come 200 times a day, oh la la, c'est vraiment osé) parce que ça raconte l'histoire d'un chanteur qui a changé de sexe ou je ne sais quoi. Le tout couplé avec le coté dansant mais pourtant "indie pop" de l'ensemble, voilà, cet album est protégé. C'est de la funk-pop music moderne indie post-11 septembre. Trop fou pour paraître mainstream, mais trop con pour être jugé sérieusement, ce qui apparaîtrait comme un preuve d'aigreur, Skeletal Lamping s'adresse à la partie idiote de notre cerveau en ayant l'air malin et l'affiche haut et fort en en faisant trop, tout le temps, et en jouant sur un second degré très moderne et absolument insupportable. Laissez vous aller, tout va bien, promis juré, ce n'est pas honteux de danser là dessus, bien au contraire. Sous prétexte de pop, Of Montreal se complaît dans un style putassier qui sonne comme un croisement bâtard entre le pire de David Bowie, d'Electric Light Orchestra ou des Sparks (qui méritent pourtant mieux comme héritiers que des sous-doués qui chantent en falsetto) et un espèce de sous-funk pas possible genre Prince et Mickael Jackson de supermarché. L'ensemblé englué dans des "orchestrations" parfois tellement propres et sans vies que les singles de Mika semblent expérimentaux à coté. Parfois, on a des réminiscences des précédents albums, des passages qui semblent être réussis. S'ils durent 30 secondes, c'est le bout du monde. Cet album est une chose absolument étrange et unique, mais ça ne justifie rien et ça n'en fait pas quelque chose de bien.

Et, NON, ce n'est pas les milliers de passages différents tout au long de l'album qui nous feront croire en la richesse de ce pot-pourri. Ni un interlude pseudo shoegaze nul au début, ni des passages folk transparants, ni des cassures de rythme, ni les tas de bouts de morceaux pas finis, ni les quelques dissonances qui parsèment l'album, ni même une chanson tristoune au piano (qui pourtant parle à l'auditeur : "i don't know how long i can hold on if it's gonna be like this forever", et moi donc) ne peuvent faire croire à quelque chose d'autre ici qu'à un ramassis de chansons mauvaises qui se complaisent dans une vulgarité crasse, toujours à la recherche de l'accumulation maladive de ponts inutiles, de mélodies qui servent à rien, de compositions remplies jusqu'aux dents du fond. C'est au delà du too much et ça dure une heure, une longue heure. St Exquisite's Confessions est un morceau de r'n'b indie (?), ce qui en dit long sur la qualité du truc. Women's Studies Victims contient une espèce de tentative de rap imbuvable (ouais, mais c'est fait exprès donc c'est super cool). And I've Seen a Bloody Shadow avec son bon gros beat avec un bon gros piano est parfait pour une pub de voiture. Les notions de finesse, d'intelligence et même de goût sont étrangères d'un bout à l'autre. Sauf que voilà, Skeletal Lamping n'est pas un album de pop commerciale de merde. Oh non! C'est un album de pop commerciale de merde ALTERNATIF. Ah oui, ça a une autre gueule, formidable!

Ce n'est plus du gâchis à ce niveau là. C'est de l'auto-sabotage. Mais apparemment, ça marche.

Album le plus détestable de l'année.
Haut la main.

Emilien.

lien, rien : http://www.myspace.com/ofmontreal

(note : une critique plus positive de cet album viendra peut être plus tard, Christopher ayant aimé cet album bien plus que moi, ce qui n'est pas très difficile, je vous l'accorde).

Extrait du truc :
Pour entendre Id Engager, un des morceaux de ce machin qui est leur premier single, c'est en dessous. Pfff.

7 commentaires:

Violette Roll a dit…

Salut Emilien,
l'avantage de commencer ton article par "Ne l'achetez pas Ne l'écoutez pas" c'est que les gens normalement constitués vont se ruer sur le disque...
Bien heureusement d'ailleurs étant donné que cet album n'est pas celui qui touche le fond mais bien l'impulsion qui hisse de nouveau Of Montreal aux sommets de la pop délurée...
J'attend la chronique de ton collègue pour développer...
bien à toi,
Mauve
http://thevioletteroll.wordpress.com

Violette Roll a dit…

J'ai oublié d'ajouter un petit détail : le leader s'appelle Kevin Barnes et non Hayes... tu n'aimes et tu as le mérite de développer un peu, soit, mais respecte au moins leurs noms :-)

Emilien a dit…

Effectivement, c'est Barnes. Je sais pas du tout pourquoi je l'ai appellé Hayes. Surtout qu'en plus, quand il n'était pas too much, j'aimais beaucoup ce qu'il faisait ce monsieur. Mettons ça sur le compte de la FATIGUE due à l'écoute de l'album.

Rémi a dit…

"Ce n'est plus du gâchis à ce niveau là. C'est de l'auto-sabotage. Mais apparemment, ça marche."

SABOTURE !

Cécile a dit…

Je partage entièrement ton avis sur cet album décevant, décousu, un non sens total. Autant le précédent m'avait bluffée, et certains encore antérieurs aussi, autant celui-ci je ne l'aime pas. Mais je pense que c'est surtout parce que je ne comprends pas le délire, le postulat de l'album.

C'est parfois rassurant de trouver un avis similaire sur le net :-)

Olivier Morneau a dit…

Mauvais album. Rien de plus à dire que ça a été chiant à écouter.

Lucy a dit…

VIOLENT!
Et juste...