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dimanche 23 août 2009

[Tourne Disque] : What's Up – Content Imagination

Obey Your Brain
22 Juin 2009
3/5












Plus qu’une réelle pseudo année-musicale-de-merde je pense que 2008 nous avait fatigué tellement elle était bonne. Ayant repris du service avec la ferme intention de ne plus me tenir à ma mauvaise foi habituelle j’ai tenté, avec précaution, de réhabituer mon oreille à l’aventure et à la découverte.

Avec pour uniques albums de chevet et de métro le parfait Hold Your Horse Is de Hella et l’intégrale des Jackson 5 il était difficile de me réhabituer au nouveau.

Les choses commencent bien avec le finalement correct Content Imagination de What’s Up. « Finalement correct» car j’ai mis plus de trois semaines à écrire la présente chronique. En réalité plutôt deux jours à me prendre la tête face à ce casse tête qu’est Content Imagination.

En effet, pris dans ma lubie associant à tout ce que j’écoute le mot math j’ai été en premier lieu séduit par cette musique impulsive et en apparence facile d’écoute mais qui s’avère beaucoup plus hermétique sur la longueur.

Entrée en matière plutôt hasardeuse avec le très bancal Yes qui m’a fait pensé l’espace de deux secondes être en plein milieu de l’entracte d’un match de la NHL avec Charly Oleg aux clavier se lançant dans une improvisation soupe au lait.
Seasoning’s Greeting vient sauver la baraque qui commençait à prendre l’eau. On assiste à une succession d’impulsions donnant l’impression que l’arpégiateur serait lui même samplé. C’est très simple en surface et très efficace. Une atmosphère assez spatiale se dégage de ce morceau, quelque chose de stellaire. A certains moments on croirait les soubresauts du batteur se confondre avec des relans Magmaiens, laissant entrevoir un Vander au sommet de son art en pleine époque Attahk.

En fait cet album a comme gros désavantage d’être très inégal ; on oscille entre certains moments vraiment Math et catchy avec par exemple Fool’s Gold donc le côté répétitif avançant en boucle introduit merveilleusement l’excellent A long Expression qui force est de constater est le meilleur titre de l’album.

Ce n’est que dans ces « bons » morceaux qu’on parvient à saisir les différentes textures, la rythmique est toujours aussi folle et nous ferait presque confondre le synthé et la batterie. Je crois que c’est cela qui m’a d’ailleurs surpris sur cette album, cette sensation où la musique ne serait que temps et ce malgré la mélodie. Ce n’est qu’avec le morceau French Song que What’s Up nous donne enfin ce qu’on attendait, de la musique brute, martelée et sans concessions. La saturation des aigus en devient salvatrice.

Résultat, un album à 50% qui a pour le sauver la chance de contenir certains excellents titres. Il donne un sentiment de « Battles squelettique ». Battles oui, toujours Battles, qui depuis 2007 reste notre unique référence. What’s up délivre un disque mineur certes mais qui participe à dessiner l’hypothétique musique des années à venir.

Christopher

http://www.myspace.com/whatsupwhatsupwhatsup

lundi 27 juillet 2009

[Tourne Disque] : The Fiery Furnaces - I'm Going Away

Label : Thrill Jockey
Sortie : 21 Juillet 2009
4/5











J'ai longtemps été un peu éloigné des
Fiery Furnaces parce qu'ils étaient trop prog pour moi. Ils faisaient des albums réputés brillants (François vous en parlerait mieux que moi), mais trop longs, trop complexes. Je ne suis pas assez intelligent pour ça, ni assez patient, et je ne suis pas le seul. Voilà pourquoi après avoir bien aimé leur "EP" qui n'en était pas un ("Single Again" reste un sacré tube!), j'ai totalement décroché. Mais nous voilà 4 ans plus tard, et après une pléthore d'albums qui m'ont fait peur (comme le double-album live interminable de l'année dernière, Remember - si c'est pas la preuve prog ultime ça!), I'm Going Away arrive comme un album plus "facile" de la part du duo, plus accessible. Et c'est très bien comme ça.


Voilà un album "à l'ancienne", c'est-à-dire un vrai album, une collection de chansons qui forment un tout cohérent au milieu duquel tout les morceaux sont parfaitement à leur place. Voilà un album qu'on écoute pas pour 4 très bons moments qu'on passe en boucle, mais pour 12 compositions réussies qui se suivent avec une fluidité trop rare de nos jours. Ça sonne comme un truisme d'avoir à rappeler ce qu'est un vrai album de pop music (car
I'm Going Away est définitivement pop, et c'est là sa force) un album pop d'après le modèle en vigueur depuis, disons, la fin des 60's, mais bon sang, pour une fois qu'un groupe semble l'avoir pigé, on est en droit de se réjouir et le défendre face à des armées de blasés.

La fin des 60's d'ailleurs, puisqu'on en parle, elle est présente dans cet album, et c'est tout à son honneur. Ça et les ambiances 70's offrent à cet album un certain charme rétro qui poussera les cyniques et/ou les rockeurs à qualifier cet album de
Soft Rock ou je ne sais quoi. Il y a effectivement de ça quand on entend les guitares électriques qui harmonisent dans l'aigu ou sont noyés dans une wah-wah terrible (je pense à "Keep Me in Dark"), certains solos outranciers, certains breaks de batterie à coup de grosses descentes sur les toms, ou le gros piano qui joue fort. Pourtant, il serait de bien mauvais foi celui qui oserait dire que cet album est passéiste, tourné vers une période. Je défie quelqu'un de me dire "ah oui, ça me rappelle tel groupe". Parce que les Fiery Furnaces sonnent comme personne. Ils ont ce penchant tordu et arty, inhérent à tout leur discographie, qui sublime ici le coté bigrement efficace des compositions sans perdre de son pouvoir d'hypnose. Je ne vous parle même pas d'idées qu'on entend directement, comme du fait d'accélérer le tempo pour passer de la ballade en un final gros rock sur "Drive to Dallas", même si ça en fait partie. Non, tout le reste, tout ce qui est caché derrière, tout ce qui est le suc même du groupe. Les arrangements curieux. Les structures bizarres. Les mélodies un peu inattendues. On pourrait croire que tout cela serait dénaturé dans un contexte plus pop-rock ; bien au contraire.

Ce qui est génial, c'est que
I'm Going Away montre à quel point ce duo est complémentaire. D'un coté, y'a le frère, Matthew, qui compose des morceaux prenants et riches sans avoir l'air de faire d'efforts (un album par an depuis 2003 tout de même!), mais il ne serait rien sans sa soeur - qui ne serait rien sans lui -, Eleanor, qui surplombe l'album avec sa voix absolument géniale et unique, que ce soit quand elle éructe des phrases interminables sur un "Cut The Cake", ou quand elle se révèle chanteuse rock sur "Staring at the Steepel". Le résultat est un vrai plaisir à écouter. Pour vous faire danser tout seul, y a des tubes impossibles comme le parfait morceau-titre (à la basse qui groove), ou le miraculeux "Charmaine Champagne" (auquel répond "Cups & Punches" qui a les mêmes paroles!) qui swingue plus que tout avec ses syncopes et son petit riff de piano, à coté desquels Eleanor lache des "pa pa pa" avec classe. Et puis quand il s'agit d'être plus posé, écoutez un "The End is Near" et vous verrez bien tout le talent mélodique de cet album. Parce que c'est surtout ça sa grande force : les mélodies. Ultimes très souvent. "Take Me Rounds" et son refrain qui rend heureux. La mélodie au piano de "Even In The Rain". C'est pour ça qu'il passe en boucle chez moi. Il est rempli de choses géniales à écouter, de petits trucs qui donnent envie de chanter fort, de passages ultimes qui font dire à chaque morceau "hé! c'est celui-là mon préféré!". Ce sens pop ne doit jamais être détaché des Fiery Furnaces. Jamais. Et il prend tout son sens ici, dans ces morceaux qui vous font chanter tout en restant intelligents.

Le duo a fait un album de
classic rock vous dites? Non, je ne crois pas. Ils ont fait un album inclassable et irrésistible. Non mais rendez vous compte! C'est un album homogène, réussi, assez posé et rempli de mélodies d'enfer sur des refrains super chouettes! C'est vrai que dit comme ça, on dirait que je parle d'un album sorti il y a longtemps.

Emilien.



Vous trouverez la vidéo de Charmaine Champagne en dessous de ce post, dans la rubrique Télégrammes! J'ajoute que les Fiery Furnacles sont en ce moment même en train d'enregistrer deux albums de reprise de I'm Going Away, un par membre. Les deux versions revisitées en solo sortiront en Septembre! On vous en reparlera dans le Mange-Disque, évidemment.

dimanche 14 décembre 2008

[Tourne Disque] : Parenthetical Girls - Entanglements

Label : Slender Means Society
Sortie : 9 Septembre 2008
4,5/5














C'était presque le rêve de Zac Pennington, chanteur et tête pensante du projet Parenthetical Girls. Après un premier album co-produit par le leader de Xiu Xiu, et très proche d'ailleurs de la scène électro-folk à fleur de peau de ce groupe, il a eu l'idée, en 2005, d'un album bien plus ambitieux, un véritable "Song Cycle", cela dans les deux sens du terme. D'un coté, se placer dans la lignée de pop orchestrale de l'album du même nom de Van Dyke Parks (qui le groupe a t-il mis dans une mixtape pour décrire les influences de l'album? Parks, voilà qui, je ne suis pas qu'un monomaniaque qui veut placer le nom de son chouchou partout). De l'autre, de réaliser tout simplement un "cycle" de chansons qui raconteraient une véritable histoire en formant un grand tout. Mais un projet pareil demande de l'argent et une certaine science de l'arrangement, ce que cet autodidacte n'avait pas. Préférant laisser tout cela de coté en attendant, le groupe a sorti entre temps en 2006 un album plus proche du premier, un peu lo-fi, un peu électro, un peu folk, nommé Safe As Houses. A l'issue de la sortie de cet album, couronnée de critiques très positives, le groupe a été rejoint par différents multi-instrumentistes et s'est alors à nouveau penché sur ce projet. Finalement, avec l'aide de Jherek Bischoff (du groupe The Dead Science), au bout de 3 ans de travail et de sessions avec des tas de musiciens, Entanglements était terminé. Un album ambitieux mais très éloigné du son habituel du groupe, que ce soit sur les précédents albums ou même encore aujourd'hui en live, ce qui désappointa certains fans obtus, ainsi que certains critiques qui passèrent rapidement à autre chose, parfois en se moquant de ces post-ado écorchés qui s'étaient poudrés de trompettes.

Erreur monumentale, Entanglements est un outsider démentiel qui mérite qu'on s'intéresse à lui, et vite, tant il est l'un des albums les plus beaux et les plus réussis de notre année finissante. Au niveau de la forme, sa très grande force, c'est la puissance de ses compositions appuyées par les arrangements denses mais délicats qui les magnifient. Dès le premier morceau, Four Words, on est emporté dans un tourbillon d'instruments lancés à toute vitesse. Les violons s'envolent, des vibraphones résonnent, le piano martèle des accords majestueux, une harpe égrène quelques notes venues du ciel, des petites flûtes naviguent dans l'harmonie, des castagnettes claquent, tout cela explose dans un carnaval de lumière à l'efficacité redoutable, même dans les territoires dangereux et parfois effleurés de la dissonance. Tout l'album se place dans cette beauté là, surannée mais distinguée, semblant venir parfois de la musique classique dans la forme, mais sans jamais perdre de vue l'aspect terriblement pop que peut prendre un orchestre, si tant est qu'on sache l'utiliser. Ce n'est sans doute pas un hasard si le groupe reprend le magnifique et déprimé Windmills Of Your Mind, morceau popularisé par Dusty Springfield aux USA mais co-composé à la base par le géant Michel Legrand (oui, le monsieur des Demoiselles de Rochefort, entre autres), qui était lui aussi un maître du refrain parfait baigné dans des instrumentations sophistiquées. On en vient même à penser à des compositeurs contemporains comme Gavin Bryars au début du morceau-titre, avec ses couches de cordes habilement composés, tout ça avant que le morceau explose dans une mini-symphonie jouissive. C'est dans ces moments épiques, ou quand les morceaux se lancent dans des ambiances façon Big Band 30's, comme dans le parfait Unmentionables, que le groupe se place clairement en digne successeur de Van Dyke Parks. C'est dans ces moments là que la conversion du groupe vers la pop orchestrale est la plus géniale et montre qu'ils ont tout compris, de la même façon qu'un Owen Pallett dans son projet Final Fantasy ; ce n'est d'ailleurs pas un hasard si l'on pense à son He Poos Clouds ou ses derniers e.p. en écoutant Entanglements.

Mais toute cette débauche de moyen n'est jamais vaine, et n'est là que pour contraster avec la tristesse qui habite toute l'oeuvre. On l'a dit, cet album était sensé raconter une histoire, et c'est justement là que Entanglements contraste avec l'image qu'on peut se faire de la pop orchestrale : en effet, les 11 morceaux parlent avec une violence invisible de sexualité adolescente, d'une histoire d'amour entre un garçon de 25 ans et une fille de 14 ans, de peines, de joies, de désir, de peur, parfois avec une certaine crudité. Construit en deux parties et décrivant le passage de l'adolescence à l'âge adulte, l'album évolue, et les morceaux prennent ainsi peu à peu un tour plus tragique, quasiment mélodramatique, mais en jouant avec subtilité avec le pathos. De la mélancolie souriante des premiers morceaux, on tombe rapidement dans des compositions sublimes et déprimées, comme dans le sublime Young Eucharists avec ses clavecins qui portent en eux toute la tristesse du monde quand ils appuient sur des accords qui prennent aux tripes. On est presque dans une ambiance funèbre dans Abandoning, et sur l'éblouissant final qu'est This Regrettable End, dont le titre est déjà explicite, on ne peut s'empêcher de penser aux compositions d'un Danny Elfman, à la fois magnifiques et tirant des larmes : en quelques accords déprimés, portés par des choeurs fantomatiques, les violons font frissonner, et l'on rêverait que cela ne finisse jamais. Il y a une simplicité et une universalité dans ces instants qui est précieuse et rare. Mais ce qui transmet totalement à l'auditeur toute la puissance émotionnelle de cet album, c'est la voix de Zac Pennington, véritable clé de voûte de l'ensemble. C'est quand elle s'envole dans des falsettos sur le fil du rasoir en plein milieu de mélodies incroyablement composées que l'album atteint son apogée. Souvent, elle tremble, elle vibre, elle se déplace entre le grave et l'aigu, entre délicatesse et envolées, mais elle appuie toujours quand il faut, soulignant toute la détresse des personnages qu'elle fait vivre. C'est peut être cela qui déplaira à certains, cette voix qu'on pourra trouver ridicule, ou trop maniérée. Mais c'est justement parce qu'elle porte en elle des émotions crues mais simples que l'album en est si touchant et si beau. Et c'est par la conviction de cette voix que l'on y croit, et qu'à aucun moment l'album ne tombe dans le larmoyant.

Voyage pour les tympans et véritable coup au coeur, l'album des Parenthetical Girls est précieux, tant il réussi son pari orchestral avec brio et sans jamais perdre les émotions brutes qu'il cherche à transmettre à l'auditeur. Qu'on y rit ou qu'on y pleure, les 32 minutes d'Entanglements sont absolument brillantes, puissantes et émouvantes. Un album à découvrir absolument. Le pathétique est rarement aussi sublime.

Emilien.

un lien : www.myspace.com/parentheticalgirlsband

Extrait vidéo de l'album :
Le clip de "A Song For Ellie Greenwich" (qui était une chanteuse pop des 60's pour mémoire )

Parenthetical Girls - "A Song For Ellie Greenwich" from judesays on Vimeo.

dimanche 7 décembre 2008

[Tourne Disque] : Pavement - Brighten the Corners: Nicene Creedence Edition / Stephen Malkmus & The Jicks - Real Emotional Trash

Pavement - Brighten the Corners: Nicene Creedence Edition
Label : Matador Records
Sortie : 9 Decembre 2008
Sortie originale : 11 Février 1997
L'album original : 5/5
La réédition : 4/5








Stephen Malkmus & The Jicks - Real Emotional Trash
Label : Matador Records
Sortie : 4 Mars 2008
4/5









Le premier morceau que j'ai entendu de Pavement, c'était We Dance. En intro, il y a une guitare acoustique jolie, des petites notes de piano éparses. Soudain, la voix de Stephen Malkmus se lance, légère, et débute un "There is noooo..." émotif et un peu freluquet. Mais, patatras, la seconde d'après, la suite d'accord s'effondre sur un accord de septième pas prévu, et Malkmus finit sa phrase : "...castration fear". Tout Pavement est là. Cet art de tomber à coté de ce qui est attendu pour donner quelque chose d'autre, d'infiniment plus cool. Les incompréhensibles paroles lâchées dans le phrasé mou de Malkmus, les guitares bizarres et noisy, l'ambiance enfumée de jeunes glandeurs, tout cela a fait de Pavement le groupe ultime du rock indépendant des années 90. Inspirant des tas de gens, un peu partout (ceux qui n'entendent pas du Pavement chez Blur à partir de 1997 sont sourds), le groupe a sorti 5 albums bordéliques, pop, brillants qui sont déjà rentrés dans le panthéon de la période, avant d'imploser au tournant du millénaire. Après quoi, il n'aura fallu que 3 ans pour que le processus de réédition-deluxe-boxset-machin se mette en marche, Matador ressortant progressivement toute la discographie du groupe dans des coffrets agrémentés de tas de faces b, d'inédits, de lives, de tout ce que vous voulez.

Quatrième album à bénéficier de ce traitement de luxe (avec une remasterisation qui ne s'entend pas, ahem), Brighten The Corners est sorti en 1997 après le très consistant Wowee Zowee. S'il allait vers des choses moins éparpillés, plus calmes, c'était en enrichissant le répertoire de Pavement de morceaux plus lents et mélancoliques, pour ce qui est peut être le meilleur album du groupe. Oh, évidemment, cette affirmation se discute, Malkmus lui même ne considérant pas l'album comme un "classique de Pavement". Mais Brighten The Corners montre Pavement dans son meilleur équilibre entre groupe un peu potache de rock décalé et musiciens brillants sachant parfaitement construire des morceaux plus complexes qu'on ne croit. La preuve dans un morceau comme Transport Is Arranged, dont la progression de jolie ritournelle triste à gros passage rock se fait avec une aisance incroyable, ou l'immense duo final Stralings of the Slipstream/Fin qui met en lumière des jeux de guitares parfaitement travaillés, illuminant des morceaux mélancoliques. Même dans ses passages les plus lents comme sur Type Slowly, le groupe réussi à produire de longs instants instrumentaux absolument magnifiques. Et pour ceux qui trouveraient que Pavement est un groupe mou, on leur fera écouter le tube ultime et tordu qu'est Stereo, l'hilarant Embassy Row, ou les chœurs pop de Passat Dream, histoire de bien leur montrer leur erreur. Malkmus est au sommet, sortant des phrases aussi parfaites que "You've been chosen as an extra in the movie adaptation of the sequel to your life", et à la basse, Mark Ibold (qu'on a vu récemment jouer en live avec Sonic Youth) n'a jamais été ausssi parfait avec ses lignes groovy que sur un morceau comme Blue Hawaiian.

Mais, et les ajouts de la réédition à coté de ce chef d'oeuvre mésestimé? C'est toujours le même problème. On a des morceaux/jams qui ne peuvent être appréciées que par un fan ultime qui les a, de toute façon, déjà entendues, et le Pavement-phile modéré devra donc faire le tri entre l'anecdotique et les trésors cachés parmi les 32 (!) bonus. On rigolera sur la version country de Type Slowly, ou sur des morceaux foutraques comme Cataracts, Wanna Mess You Around ou Westie Can Drum, mais il faudra surtout se pencher principalement sur les quelques perles cachées en face-b à l'époque : Then (The Hexx) et ses impressionnantes 7 minutes en apesanteur, le très beau Harness Your Hopes, les ensoleillés et pop No Tan Lines et Roll With The Wind ou le formidable Roll with the Wind. Ces quelques morceaux auraient mérités d'être sur l'album, et ce n'est que justice de pouvoir les découvrir aujourd'hui. Quand aux versions démo ou live, aux jams pas super utiles et juste rigolos enregistrés pour les radios, ça s'écoute une fois à tout casser, comme la majorité des trucs que les maisons de disques se sentent obligés de refourguer quand ils font des rééditions. Cela n'enlève rien au fait que c'est peut être le meilleur album pour découvrir Pavement, et en tout cas une des meilleures choses des années 90 qui méritait amplement cette réédition collector très bien faite.

Mais toute cette mythologie, matinée de nostalgie collective, nous ferait oublier que Stephen Malkmus fait toujours de la musique et a même parfaitement digéré l'après-Pavement, comme le prouve son dernier album, sorti cette année avec son groupe The Jicks, un backing band impeccable qu'a rejoint récemment l'excellente Janet Wess (batteuse de groupes merveilleux comme feu Sleater-Kinney ou Quasi). Vous allez me dire que je suis un Philippe Manœuvre en puissance qui parle toujours de "rock" (il faut bien prendre le relais d'un Rock&Folk agonisant qui met Guns n' Roses ou Kings Of Leon dans ses albums du mois, oh la la), mais Real Emotional Trash est justement un excellent album de rock, et je pèse mes mots, un album avec des solos de guitares parfois psychédéliques et super longs, des gros accords et des riffs tueurs, de la batterie qui tape fort et fait des breaks trop cools, et le tout sur un peu moins d'une heure.

Ce sera trop pour certains. Tout le monde ne goûtera pas les 10 minutes de l'épique morceau-titre par exemple, qui débute par une ballade très réussie mais qui, progressivement et via une accélération parfaitement calibré, se transforme en un tube implacable, se concluant par un solo virtuose entouré par des pianos martelés. On peut comprendre. On plaindra ces gens là. Dans cet album, Malkmus n'a rien coupé, il a laissé les solos (certains sur Hopscotch Willie ou Baltimore sont d'ailleurs assez impressionnants de maîtrise!), il a gardé tout les jams, et ce grand ado fan de prog-rock ne se refuse rien, quitte à bourrer son album jusqu'aux amygdales de passages instrumentaux qui n'ont aucun autre objectif que d'être jouissifs à l'écoute. Encore faut-il rentrer dedans. Mais n'allez pas croire que c'est un album de Steve Vai, dieu du ciel non, il y a aussi de la pop ici, comme du temps de Pavement (ah! vivre avec une légende sur le dos, quel fardeau!), marié avec un coté rock à guitare 70's dont on aurait enlevé tout le superflu : Dragonfly Pie qui ouvre l'album est à cet égard parfait, alternant guitares distordues et refrain sautillant ultime. C'est quand l'album joue sur ces deux aspects qu'on a le droit à des petits chef d'œuvres : Cold Son, Elmo Delmo, ou ce Wicked Wanda final, avec chœurs féminins et guitares qui touchent le ciel. Il est parfois même émouvant et doux à grand coup de pianos électriques, comme sur Out Of Reaches avec sa coda tristoune. En définitive, aucun morceau vraiment plus faible que les autres, des morceaux à la fois classiques mais jamais emmurés dans la tradition, avec l'ajout de "beaucoup de détails à discerner", des musiciens qui se comprennent parfaitement. Cela fait de Real Emotional Trash une des meilleures choses de l'année, tout simplement, et voilà pourquoi il fallait que nous vous en parlions, même 9 mois après.

Et puis, franchement, que voulez-vous, c'est Stephen Malkmus, c'est une voix, c'est une façon de chanter, c'est un type, c'est des mélodies parfaites, c'est une façon de lâcher un solo et c'est quand on se retrouve à répéter tout seul devant sa stéréo en secouant la tête des phrases comme "Shake me off the knife because I want to go home" ou "My baby baby baby baby baby gave me malaria, hysteria-ah" qu'on se rend compte qu'il est, et a toujours été, le mec le plus cool.

Emilien.

liens :
http://www.myspace.com/pavement
http://www.myspace.com/stephenmalkmus (on peut entendre son album en entier sur cette page)

Extraits audio-vidéo-stéréo de l'album:
Pavement - Stereo. Anti clip hilarant d'un tube parfait, qui vaut le coup rien que pour le plan absolument hilarant sur une cymbale au début du refrain, alors qu'on s'attendant à voir TOUT sauf ça.


Stephen Malkmus & The Jicks - Hopscotch Willie. Et ses solos fous, tout plein, partout!

dimanche 9 novembre 2008

[Bonus Tracks] : The Organ, Inara George, Oasis, Monkey

The Organ - Thieves
Label : Mint Records
Sortie : 13 Septembre 2008
3,5/5



J'ai un tee-shirt The Organ. Il est super joli, on y voit un orgue dont les tuyaux vont jusqu'à des nuages dans lesquels y'a des oiseaux. Rien que pour ça, ce groupe de filles ultra inspiré par les années 80 (cf. leur unique album, le très chouette Grab That Gun) a toujours été protégé dans mon petit cœur, et j'ai été très triste quand elles se sont séparés brutalement et sans donner de raisons ("y'en a trop" ont-elles dit de façon lapidaire), durant l'enregistrement avorté de leur deuxième album, en 2006. Dieu merci, voici le petit e.p. Thieves qui regroupe six morceaux inédits, dont deux en live, et qui intervient comme un dernier petit souvenir. Comprenant des choses absolument géniales que ce soit le mini tube Can You Tell Me One Thing ou l'émouvant (et acoustique!) Don't Be Angry, cet e.p. n'a pour unique défaut que le fait qu'il ne sonne pas "terminé" ; il y manque une finition qui ne se fera jamais. Ce court adieu se fait donc simplement, sans pathos, juste ce qu'il faut d'émotion quand la chanteuse, double féminin de Morrissey, chante "all that i want was here, now it's gone/don't be angry, i will die lonely". R.I.P, etc.
Can You Tell Me One Thing



Inara George (with Van Dyke Parks) - An Invitation
Label : Everloving
Sortie : 29 Aout 2008
2,5/5



C'est sans doute le raté le plus mignon de l'année, mais ça reste un raté. An Invitation est la rencontre quasiment "en famille" de Inara George, jeune femme qui a une très jolie voix et de Van Dyke Parks, arrangeur génial dont je parle trop et ami du père d'Inara. L'album est un grand déluge d'orchestrations d'un autre age comme Van Dyke Parks en a le secret sur des morceaux aimables et infiniment jolis, sur lesquels la voix d'Inara flotte très gracieusement. Alors donc, pourquoi ça marche pas? Parce que tout cela sonne creux, et notre gentille chanteuse écrit des ballades absolument transparentes. Et comme le propre de l'orchestration est d'enjoliver et pas de fabriquer, Van Dyke a beau se démener comme un diable avec des idées géniales, il ne sauve finalement rien, au contraire, on a l'impression assez affreuse qu'il en fait beaucoup trop pour sauver la chose. Ce n'est pas désagréable à écouter, il y a même de jolis morceaux, mais franchement, si vous voulez une fille qui compose des morceaux brillants et sur lesquels l'ami Parks est comme un gosse dans un magasin de jouets, autant aller réécouter Ys de Joanna Newsom, qui fait passer cette sucrerie pour de la musique d'ambiance.
Right As Wrong



Oasis - Dig Out Your Soul
Label : Big Brother
Sortie : 6 Octobre 2008
2/5



Dans la catégorie des artistes dont on sait que l'âge d'or est passé, il y a toujours une étape obligée qui les touche tous par roulement : l'album du "retour-aux-sources", le "meilleur-album-depuis-le-dernier-meilleur-qui-a-déjà-quinze-ans", l'inénarrable "retour-en-grâce-des-géants-assoupis". Un processus de seconde jeunesse savamment orchestré par les maisons de production et qui, par le truchement de quelques critiques positives, voudrait faire croire à tout le monde que, si si, pour de vrai, un groupe comme Oasis peut encore sortir un bon album. En 2008! Soyons sérieux! On peut y croire pendant les 3 premiers morceaux de Dig Out Your Soul qui offrent un groupe toujours très rock de stade, mais un peu plus subtil que d'habitude. The Turning est même un bon morceau. Mais chassez le naturel, il revient au galop, le reste est bien plus paresseux, avec des ballades insipides, un Noel Gallagher qui persiste toujours a vouloir mal chanter des morceaux à la place de son frère, des duplicatas 60's fatigants, et surtout la preuve que les morceaux de gros rock en ternaire sont une aberration (Ain't got nothin', affreuse chose). Cela nous fait 4 morceaux écoutables. C'est vrai que par rapport aux derniers albums du groupe, c'est beaucoup.
The Turning



Monkey - Journey To The West
Label : XL Recordings
Sortie : 18 Aout 2008
3/5



Écouter la B.O. d'un spectacle sans voir le spectacle, voilà bien quelque chose de problématique. Y'a toujours de ces passages décontextualisés qui semblent un peu inutiles, alors qu'ils ne choquent pas une fois pris dans la progression d'une œuvre globale. On a beau être Damon Albarn, c'est exactement pareil quand on sort les musiques de son opéra Journey To The West en cd, en version "electro" (parait-il). S'il est intéressant d'entendre un Damon Albarn qui n'a que très rarement été aussi expérimental, il faut tout de même avouer que tout les morceaux instrumentaux de moins de deux minutes ne sont pas vraiment convaincants, surtout quand ils sont plombés de sons électroniques ou d'effets un peu maladroits. En dehors de quelques passages orchestraux très beaux (Sandy The River Demon), il n'y a guère que les "vraies" chansons qu'on retiendra, sortes de bonnes faces-b de Gorillaz chantées en chinois, particulièrement celles de la fin de l'album comme Monkey Bee qui finit en une formidable explosion qui nous rappelle pourquoi Damon Albarn reste, tout de même, un héros pour nous tous. Pas de quoi non plus tomber à la renverse.
The Living Sea


Émilien.

dimanche 2 novembre 2008

[Tourne Disque] : Love Is All - A Hundred Things Keep Me Up At Night

Label : What's your Rupture?
Sortie : 11 Novembre 2008
4/5









Dans le vivier pléthorique des groupes d'indie rock des 00's finissantes, Love Is All fait partie de l'élite. Leur premier album, c'était la pop 60's et le post-punk qui dansent ensemble, un ensemble de morceaux entêtants enrobés d'une production originale et avec plein de petits gimmicks rendant ce groupe reconnaissable au milieu des autres, que ce soit la présence d'un saxophoniste dans le groupe, ou la chanteuse avec son accent et sa manie de dire parfois les paroles plutôt que de les chanter. Et puis, il fallait une ironie formidable pour sortir un album où tout les morceaux se ressemblent un peu, et oser l'intituler, d'après les paroles d'un morceau, Nine Times That Same Song. Love Is All était donc le groupe le plus cool possible, et autant dire qu'après ça, quand j'ai appris qu'ils sortaient leur second album, je me suis tout de suite mis en condition. Comprendre : j'étais prêt à être déçu.

On le voyait venir de loin le coup du deuxième album qui ressemble trop au premier, avec des morceaux qui n'offrent plus les mêmes choses qu'avant, c'est de l'ordre du stéréotype. Love Is All a exactement fait ça. Le groupe est tombé dans tout les pièges. Dire du mal de cet album sans l'avoir écouté est facile, plein de gens vont le faire, il suffit de copier/coller des critiques envers n'importe quel second album décevant de n'importe quel groupe et de les mélanger avec d'autres du premier album. La production n'a pas bougée, c'est toujours le coté Wall of Sound lo-fi avec plein de pré-amplis dans lesquels les fréquences basses ont été supprimées, elle est juste peut être plus dense. C'est même pas la suite, c'est la version 2.0. Sauf que voilà la différence : le groupe s'en sort quand même avec brio. Ne me demandez même pas comment ils ont réussis ce tour de force, mais c'est le cas. Ils ont refait quasiment le même album, et il est bien. On ne se dit à aucun moment que c'était mieux avant. Au contraire, il est tout aussi réussi. Voir même parfois mieux quand on écoute certains morceaux! Bon sang de zut! Je ne sais plus quoi faire. Ils m'ont eus. Ils sont trop forts. Mes avis n'ont plus aucune valeur. Je suis décrédibilisé. C'est comme si j'aimais le dernier Oasis. Cette chronique va s'arrêter là, j'abandonne.

Non.
Attendez.

Je vais quand même dire pourquoi cet album est l'un des albums les plus amusants de l'année, de ceux qui ne laissent jamais tomber l'auditeur et qui seront toujours là pour lui remonter le moral. A Hundred Things Keep Me Up At Night, c'est son nom, est rempli de ces morceaux absolument géniaux qui ont un couplet qui vous fait secouer la tête de manière fort stupide (c'est pas grave, vous êtes tout seul devant votre écran) puis ensuite un refrain qui vous fait chanter en yaourt avec des chœurs parfaits, parfois un peu mélancoliques. C'est comme ça sur Movie Romance, un morceau qui peut ne venir que de gens qui ont tout compris au terme de pop. Idem sur l'immense Sea Sick que je vous met au défi de ne pas trouver addictif (non mais ces chœurs à la fin! et la rythmique façon we will rock you du refrain!). Tout fonctionne. Wishing Well n'est pas kitsch avec son refrain pourtant remplis d'orgues à la Blondie. Last Choice a une rythmique disco qui devrait rentrer à l'Unesco tant elle est pillée n'importe comment par tout le monde, mais tout ce qu'il y a à retenir c'est que le morceau passera en boucle sur votre iPod avec ses petits xylophones. Les ballades se prennent pour du Jesus & Mary Chain? Ce n'est pas un problème non plus. Rien n'est un problème ici. Ça passe. Parfois de justesse. Mais finalement, aucun morceau ne déçoit, c'est encore plus efficace qu'avant. Cet album est tellement rempli de fougue que rien ne l'arrête. Par honnêteté intellectuelle, je pourrais vous dire que tout de même, ça change pas beaucoup vraiment, y'a pas beaucoup de prises de risques, vraiment, là, ils ont pas fait leur Kid A, c'est toujours pareil, je pourrais dire "hé, bah, pour la peine, je met pas une bonne note, on se fout de nous, je refuse ça!". Mais franchement, franchement, je m'en fous tellement! Cet album est trop bon pour que je pinaille sur des problèmes qui ne piquent les yeux que quand ils viennent de groupes antipathiques.

Love Is All, c'est des copains. Si j'avais leur adresse, je leur enverrais des cartes postales pendant les vacances. Et ce nouvel album est, dans son genre, une prouesse, un petit chef d'oeuvre et l'une des choses les plus efficaces de l'année. C'est tout ce que je retiens.


NB pour les autres groupes de rock indépendant qui travaillent sur leur deuxième album après un premier qui a été applaudit par tout le monde : Love Is All est une exception. Ça n'arrive qu'une fois sur cent. Votre deuxième album à vous sera nul. N'essayez même pas. La prochaine fois, je le jure, je me ferais pas avoir.

Émilien.

Un lien : www.myspace.com/loveisall8

Lien vidéo de l'album :
Le clip de Wishing Well, fait par le groupe n'importe comment, en tournée, sur une plage.

dimanche 19 octobre 2008

[Tourne Disque] : Department Of Eagles - In Ear Park

Label : 4AD
Sortie : 6 Octobre 2008
4/5





L'acheter
L'essayer

Je ne vous apprendrais rien, mais entre les années 60 et les années 70, il y a eu une bonne grosse poignée de visionnaires qui ont chacun de leurs cotés redéfinit la musique et l'ont amené dans des directions différentes. Je ne vous ferais pas l'injure de donner des noms. Après quoi, dans le sillage de ces types, certaines directions furent prolongées par un nombre plus ou moins grands d'héritiers, eux même plus ou moins légitimes. Et puis dans le même temps, il y avait aussi les types qui n'ont inspirés absolument personne sur le moment et qui ont très longtemps avancés en solitaire sans qu'aucun petits nouveaux ne les pillent allègrement. Ainsi donc, pendant très longtemps, absolument personne ne s'est inspiré de Van Dyke Parks. Tout le monde s'en foutait de ses arrangements fous et riches, inspirés par la musique populaire américaine et la musique classique. Personne n'écoutait son premier album et chef d'oeuvre Song Cycle qui avait fait un bide impossible et avait été un gouffre financier pour la Warner. Qui se souciait de ses albums absolument paumés de musique calypso alors qu'on était en pleine période du glam-rock? Aussi, qui s'inspirait de Randy Newman? Oh, on écoutait ses morceaux oui, mais pas grand monde ne reprenait leurs arrangements surannés. Et la free-folk de John Fahey (ou d'autres), on l'entendait chez les artistes pop? Absolument pas. Il a fallu attendre les années 90 pour entendre enfin l'influence de l'oeuvre de ces artistes, et encore, chez peu de gens, juste un épisodique Jim O'Rourke dans sa période pop, qui lui même sur le moment n'a inspiré presque personne.

Aujourd'hui, c'est différent. On a redécouvert ces artistes. On les a enfin mis sur le pied d'estal qu'ils méritaient. On a pu télécharger leurs albums introuvables. En conséquence de quoi, les voilà enfin inspirateurs de jeunes groupes. En effet, quand on écoute In Ear Park de Department Of Eagles, on les entend ces influences, elles sont là, vivantes, renouvelées. Le jeune duo américain l'a même parfaitement assumé et a mis le nom de quelques uns de ces artistes dans la liste de leurs influences. C'est ce qui fait que cet album est à la fois irrésistible, totalement paumé dans son époque et d'une richesse étonnante. Dire qu'on y entend l'influence de Van Dyke Parks serait un euphémisme : le morceau Teenagers mêle exactement de la même façon des mélodies venues du easy listening des années 50 avec des tas de petites idées musicales. La voix même, nasillarde et passée dans un pré-ampli étrange fait sonner l'ensemble comme un morceau inédit du compositeur dans les années 60. Quand le groupe se lance dans le petit tube No One Does It Like You, on entend des chœurs qui auraient pu être fait par Harry Nilson et Paul Mc Cartney à la grande époque (avec des "dom dom dom" graves façon Mills Brothers dans un music-hall) sur une ligne de basse toute simple au groove explicitement rétro. Et sur Balmy Night, ce banjo aux arpèges mélancoliques accompagné par des guitares acoustiques, c'est le même que celui qu'on peut entendre chez John Fahey dans les années 70, on en mettrait sa main à couper. Et pourtant, non, nous sommes en 2008, et In Ear Park a merveilleusement utilisé toutes ces influences venue de la culture folk des Etats-Unis pour créer un album à la fois paresseux et rêveur, qui fonctionne comme un tout, comme un espèce de voyage un peu lent dans une musique bizarre, aux ambiances juste ce qu'il faut de familières.

Mais dans le même temps, cet album ne s'est pas non plus fait uniquement dans un processus de mimétisme passéiste. Il y a aussi, et c'est là que cela devient vraiment intéressant, des éléments plus modernes dans cet album, et des influences plus récentes. Il faut dire que l'un des membres du duo est aussi présent au sein du groupe Grizzly Bear qui, si il a de commun avec ce side project un même goût des arrangements riches et des atmosphère douces, est un groupe qui penche plus vers l'électricité. C'est pour cela qu'en soit, on peut entendre du Grizzly Bear ici, mais on y entend parfois aussi des bribes de musique folk comme peut en faire Vic Chesnutt ou des morceaux pop aux influences Beach Boys mais passées par un filtre étrange comme chez Animal Collective. Il sera d'ailleurs bien ardu pour le critique de pouvoir clairement expliquer dans quel genre se place cet album, tant il navigue toujours à mi-chemin entre la pop, la musique folk, le rock (mais très doux) et un certain goût pour l'avant garde. Le très beau Classical Records est partagé entre une introduction hors rythme remplie de petits drones avant de se lancer dans des arrangements bizarres, comme une version pop d'un morceau de Gastr Del Sol. Et si cette chronique s'apparente finalement à un veritable name-dropping, ce n'est pas à tort et à travers. On entend ici une véritable somme d'influences parfaitement digerées ; le seul problème venant donc dans l'absolu du fait qu'on les entend autant, les cyniques disant qu'on n'entend que ça.

Mais dans l'absolu, peut-on blamer un groupe de vouloir se placer dans la continuité de tas d'artistes en même temps? Il me semble que non, bien au contraire, c'est même la force de cet album d'être parfaitement tributaire de musiques d'un passé proche tout en essayant de faire les choses de manière personnelle et originale, en mélangeant tout pour créer des choses magnifiques comme Phantom Others qui se termine en douce apothéose absolument parfaite. Parce qu'il est une étrangeté tout à fait accessible, parce qu'il contient de très beaux morceaux, parce qu'il forme un tout à part entière, In Ear Park est un très bon album, recommandé à tout ceux qui aiment la musique pop, tout simplement.

Emilien.

lien : http://www.myspace.com/deptofeagles

Extrait vidéo :
Un live sur un toit, à quatre, du morceau No One Does it Like You

dimanche 12 octobre 2008

[Tourne Disque] : of Montreal - Skeletal Lamping

Label : Polyvinyl
Sortie : 21 Octobre 2008
0,5/5





Ne l'achetez pas
Ne l'essayez pas

2001 : of Montreal sortait un album brillant qui s'appelait Coquelicot Asleep In The Poppies, génial kaléidoscope pop bariolé et sophistiqué, rempli de pianos et d'accord majeurs. Un petit chef d'œuvre qui succédait à d'autres albums très réussis. Kevin Barnes, tête pensante de ce groupe qui est quasiment son projet solo, était un genre de Syd Barrett lucide moderne, ce groupe issu du formidable collectif Elephant 6 était promis à un avenir radieux. La suite? C'est une chute inexplicable dans le vide et le ridicule, avec des albums de plus en plus minables. Allez savoir pourquoi, les pianos furent troqués contre des synthétiseurs fluos, la batterie contre des beats stupides, les chœurs contre des "oh ohhhh" outrés et les influences 60's se mutèrent en relents gastriques 80's. A chaque étape de cette dégringolade, on pensait qu'ils avaient finalement touché le fond, que le pire était fait. L'étron musical suivant contredisait cette théorie, etc. Des espèces de Bee Gees modernes : plus connus pour leurs conneries disco que pour leurs jolis premiers albums tout mignons et pop. Et maintenant, voilà Skeletal Lamping, et on ne peut plus se consoler qu'en se disant que le prochain album du groupe sera encore plus déplorable. D'ici là, il nous reste ce gros bidule indigeste et phosphorescent à subir, la chose la plus affreuse jamais sortie par le groupe américain, jusqu'à la prochaine fois.

Ah oui mais cet album est fun, il est cool, il est marrant, il est décontracté, il est foufou. C'est son excuse. La plus pratique des excuses, celle qu'on se donne quand on fait n'importe quoi ivre le samedi soir. Les paroles sont remplies de trucs sexuels (I want to make you come 200 times a day, oh la la, c'est vraiment osé) parce que ça raconte l'histoire d'un chanteur qui a changé de sexe ou je ne sais quoi. Le tout couplé avec le coté dansant mais pourtant "indie pop" de l'ensemble, voilà, cet album est protégé. C'est de la funk-pop music moderne indie post-11 septembre. Trop fou pour paraître mainstream, mais trop con pour être jugé sérieusement, ce qui apparaîtrait comme un preuve d'aigreur, Skeletal Lamping s'adresse à la partie idiote de notre cerveau en ayant l'air malin et l'affiche haut et fort en en faisant trop, tout le temps, et en jouant sur un second degré très moderne et absolument insupportable. Laissez vous aller, tout va bien, promis juré, ce n'est pas honteux de danser là dessus, bien au contraire. Sous prétexte de pop, Of Montreal se complaît dans un style putassier qui sonne comme un croisement bâtard entre le pire de David Bowie, d'Electric Light Orchestra ou des Sparks (qui méritent pourtant mieux comme héritiers que des sous-doués qui chantent en falsetto) et un espèce de sous-funk pas possible genre Prince et Mickael Jackson de supermarché. L'ensemblé englué dans des "orchestrations" parfois tellement propres et sans vies que les singles de Mika semblent expérimentaux à coté. Parfois, on a des réminiscences des précédents albums, des passages qui semblent être réussis. S'ils durent 30 secondes, c'est le bout du monde. Cet album est une chose absolument étrange et unique, mais ça ne justifie rien et ça n'en fait pas quelque chose de bien.

Et, NON, ce n'est pas les milliers de passages différents tout au long de l'album qui nous feront croire en la richesse de ce pot-pourri. Ni un interlude pseudo shoegaze nul au début, ni des passages folk transparants, ni des cassures de rythme, ni les tas de bouts de morceaux pas finis, ni les quelques dissonances qui parsèment l'album, ni même une chanson tristoune au piano (qui pourtant parle à l'auditeur : "i don't know how long i can hold on if it's gonna be like this forever", et moi donc) ne peuvent faire croire à quelque chose d'autre ici qu'à un ramassis de chansons mauvaises qui se complaisent dans une vulgarité crasse, toujours à la recherche de l'accumulation maladive de ponts inutiles, de mélodies qui servent à rien, de compositions remplies jusqu'aux dents du fond. C'est au delà du too much et ça dure une heure, une longue heure. St Exquisite's Confessions est un morceau de r'n'b indie (?), ce qui en dit long sur la qualité du truc. Women's Studies Victims contient une espèce de tentative de rap imbuvable (ouais, mais c'est fait exprès donc c'est super cool). And I've Seen a Bloody Shadow avec son bon gros beat avec un bon gros piano est parfait pour une pub de voiture. Les notions de finesse, d'intelligence et même de goût sont étrangères d'un bout à l'autre. Sauf que voilà, Skeletal Lamping n'est pas un album de pop commerciale de merde. Oh non! C'est un album de pop commerciale de merde ALTERNATIF. Ah oui, ça a une autre gueule, formidable!

Ce n'est plus du gâchis à ce niveau là. C'est de l'auto-sabotage. Mais apparemment, ça marche.

Album le plus détestable de l'année.
Haut la main.

Emilien.

lien, rien : http://www.myspace.com/ofmontreal

(note : une critique plus positive de cet album viendra peut être plus tard, Christopher ayant aimé cet album bien plus que moi, ce qui n'est pas très difficile, je vous l'accorde).

Extrait du truc :
Pour entendre Id Engager, un des morceaux de ce machin qui est leur premier single, c'est en dessous. Pfff.

dimanche 5 octobre 2008

[Tourne Disque] : Shugo Tokumaru - Exit

Label : AlmostGold Recordings
Sortie : 8 Septembre 2008
(Sortie originale au Japon : 19 Octobre 2007)
4/5



L'acheter
L'essayer

Quelque part à Tokyo, dans un appartement qu'on imagine petit et mal rangé, il y a un garçon de 28 ans qui a accumulé des tas d'instruments depuis qu'il a commencé à jouer de la guitare à 14 ans. On dit qu'il a plus d'une centaine, plus ou moins petits, sans compter tout les petits jouets qu'il accumule. Il sait jouer de beaucoup de choses, que ce soit du piano, du ukulélé , de l'accordéon ou de la scie musicale. Avec tout ça, il compose tout seul des petits morceaux qu'il enregistre tout seul sur son ordinateur. Ensuite, il sort des albums absolument magnifiques, et recommence. Ce garçon s'appelle Shugo Tokumaru, et son troisième album Exit, qui vient (enfin!) de bénéficier d'une sortie mondiale près d'un an après sa sortie au Japon, est l'occasion idéale de se rendre compte qu'il est peut être l'un des plus merveilleux orfèvre de la musique folk bricolo actuelle.

En 2004, quand était sorti très discrètement son premier album Night Piece, on ne pouvait être que surpris devant l'univers sonore que Shugo Tokumaru créait avec ce tout petit album qui ne dépassait pas la demi-heure. Des arpèges délicats et la voix toute douce du monsieur se mêlaient au sein de compositions modestes et chaleureuses, c'était une musique très personnelle qui se basait sur des petits riens, assez calme et agréable. L'intimisme de l'ensemble avait un aspect charmant, aimable, quasiment amical et surtout très confortable. Cet album était presque trop discret, trop doux, trop timide, on sentait bien (ou du moins on espérait!) que les ambitions musicales du jeune homme allaient bien plus loin que ces compositions certes magnifiques, mais un peu trop timorées. Son deuxième album, L.S.T, allait, heureusement, dans la direction attendue, avec une musique plus ambitieuse et plus forte. Sauf qu'entre temps, les chansons avaient perdues de ce charme délicat qui faisait de Night Piece un album indispensable. Le pire était imaginable, l'image de l'artiste qui perd son âme en voulant ouvrir sa musique traversait l'esprit. On (comprendre je) pensait que ce serait le dernier bon album du monsieur. On était pas loin de se désoler d'un tel petit gâchis.

Et puis, parfois, ça arrive, les choses qu'on souhaite profondement arrivent, et les artistes font exactement ce qu'on attend d'eux. Ainsi, miraculeusement, Exit est l'album qu'on attendait, celui qui aurait du sortir après son premier essai, celui qui montre avec brillance le talent total de son géniteur, et qu'il est absolument parfait d'écouter en ce moment, avec l'automne qui vient de vous tomber dessus et les feuilles mortes qui colorent les trottoirs. Grand carnaval de sons et d'émotions, ce troisième album va beaucoup plus loin que ses prédécesseurs en offrant une musique magnifique, d'une richesse étonnante, remplie de petits détails plus géniaux les uns que les autres. Pour s'en rendre compte, il n'y a qu'à écouter le morceau le plus immédiat et puissant de l'album, Green Rain : Shugo Tokumaru réussi à mêler au sein d'un même morceau des rythmiques irrégulières, des mélodicas qui s'envolent tout les sens, un refrain entêtant d'une légèreté totale, et au milieu de cette valse de sons un long passage calme et mélancolique au piano. Cette musique est complexe ; elle est à la fois immédiatement touchante, mais elle se révèle lentement, morceaux par morceaux, en véritable mélange d'émotions qu'est cet album. Parsemé de petits passages instrumentaux qui semblent être des mélanges étranges de pop des 60's transposée dans un univers enfantin aux milles sonorités, cet album est à la fois traversé par une unité d'ambiance absolument délicieuse, comme un longue fin d'après-midi paresseuse que l'ennui ne mine pas, mais est aussi un joli kaléidoscope sonore un peu foutraque : Sanganichi a un coté folk au coin du feu avec ses petits claps mais juste après ça, on tombe sur l'hilarant D.P.O., sorte de morceau rock'n'roll de poche entièrement accoustique et absolument génial, avec xylophones et ukulélé endiablé.

Ce n'est pas contradictoire ni tant surprenant que ça, tout est absolument à sa place ici, les morceaux vont toujours dans le bon sens. Shugo Tokumaru pousse d'ailleurs encore plus loin l'ambition avec le morceau La La Radio, qui se transforme progressivement de jolie ballade avec des mandolines en véritable mini-montée quasiment post-rock (!!!) avant d'exploser sur une coda éblouissante et pop. Ce qui est fascinant ici, c'est que cette musique très inspirée par la folk américaine (il suffit d'entendre le dernier morceau, Wedding, avec son banjo et sa guitare qui aurait pu être jouée par John Fahey) garde quand même un coté étonnant et original car absolument japonais, et loin de moi l'idée ici de vouloir faire mon colonialiste amateur de japonaiseries. Il y a quelque chose dans la manière dont les mélodies sont agencées et les accords se succèdent qui peut clairement faire dire, pour peu qu'on écoute régulièrement des songwriters venus de l'archipel, qu'il y a un certain type d'écriture folk tout à fait propre à ce pays, une certaine originalité musicale qui fait ainsi naitre des albums comme celui-ci, en dehors de tout, perdus entre l'est et l'ouest pour créer autre chose.

En ce moment même sur Paris, il fait gris et un vent froid vient se cogner aux vitres. On est en plein milieu de l'après midi mais le soleil est noyé dans les lourds nuages, et nous voilà presque obligés d'allumer les lampes pour lire, tant l'obscurité glacée s'immisce dans les maisons. Mais c'est exactement dans cette situation que la musique de Shugo Tokumaru révèle sa qualité la plus formidable et attachante : elle est la chose la plus chaleureuse qui peut parvenir aux oreilles et les nappes de sonorités boisées d'un morceau comme Parachute font l'effet d'une véritable couette musicale, à écouter bien emmitouflé, partagé entre le rire et la douce mélancolie.

Émilien.

un lien vers votre nouvel ami : www.myspace.com/shugotokumaru

Lien vidéo de l'album :
Le clip bizarre tout en collages absurdes de Green Rain.

dimanche 28 septembre 2008

[Tourne Disque] : Final Fantasy - Spectrum, 14th Century / Plays To Please

Spectrum, 14th Century
Label : Blocks Recording Club
Sortie : 30 Septembre 2008
5/5







Plays To Please
Label : Slender Means
Sortie : 21 Octobre 2008
4,5/5








Owen Pallett est un génie. Loin de moi l'idée de recourir à l'hyperbole pour exprimer sous une fausse objectivité toute l'admiration que j'ai pour ce jeune homme de 28 ans. Mais force est de constater que c'est un parcours impeccable qu'il trace depuis des années. Jouant terriblement bien du violon et du piano, ayant déjà écrit de nombreuses pièces classiques quand il étudiait la composition, il a débuté dans l'excellent et méconnu groupe de folk expérimental Les Mouches dont l'unique album (You're Worth More to Me Than 1000 Christians) mériterait amplement une réédition, avant de se lancer en solo sous le nom Final Fantasy (en hommage au jeu sur lequel vous avez passé des heures et des heures durant votre adolescence - enfin moi, si) et de sortir deux albums incroyables qui mêlent la musique pop aux violons. He Poos Clouds, sorti en 2006 était un véritable chef d'œuvre, rempli de morceaux d'une richesse incroyable qui montraient l'aptitude de ce surdoué à la composition orchestrale. Il a aussi fait des tas de concerts ou il était absolument seul, s'enregistrant soi même en direct sur scène pour reconstruire, couches sur couches avec ses pédales d'effet, ses morceaux. Dans le même temps, il a arrangé la plus part des violons de Arcade Fire et est parti en tournée avec eux et on a pu récemment l'entendre avec les Last Shadow Puppets auxquels il a apporté des orchestrations cinématographiques. Entre autre. Mais dès que l'accumulation sur le CV devient trop longue, les génies commencent une douce dégringolade et deviennent des ex-génies, parfois de manière affreuse (non mais vous avez écouté le dernier album de Brian Wilson?).

Ainsi donc, quand il sort 2 e.p. à la fois en CD et en vinyls (en édition un peu limité de 1000 exemplaires) en moins d'un mois pour faire patienter le public mais aussi en guise de préparation à son troisième album concept qui parlera d'un monde imaginaire où lui même serait un dieu vénéré par différents personnages (si si, ce sera Heartland, qui devrait sortir en 2009), c'est une excitation mêlée de crainte qui s'empare de l'auditeur. Mais finalement tout va bien. Non seulement ces deux e.p. sont excellents, mais certains des morceaux sont parmi les choses les plus brillantes qu'Owen Pallett n'a jamais composés.

Le premier E.P., Spectrum, 14th Century est celui qui introduit l'auditeur dans l'univers du prochain album selon les dires de son créateur, et est l'une des plus belles choses sorties cette année. C'est un univers d'une richesse incroyable qui est dévoilé en 17 toutes petites minutes. Entouré de bruits d'oiseaux et d'insectes, les 5 morceaux de cet e.p. sont une avancée incroyable dans la musique de Final Fantasy en offrant le plus bel équilibre entre des arrangements ambitieux et tout de même instantanément beaux. Rien qu'au niveau de l'orchestration, avec la participation des musiciens de Beirut. On a des cuivres, des violons, des flûtes, des percussions, de l'accordéon, le tout formant une musique étrange, riche et toute simple, d'une beauté incroyable. Le morceau Blue Imelda impressionne de maîtrise avec la présence inattendue de steel drums, ces percussions venues de Trinité-Et-Tobago qu'on entend plus dans la calypso normalement, mais qui, ici, forme un ensemble étrange, se mêlant d'une manière assez inédite aux cuivres et aux chœurs. Tout ici est prétexte à un détournement d'un exotisme trop facile en quelque chose de nouveau, comme dans Cockatrice, et son étrange rythmique brisée sur laquelle se posent des xylophones délicats. A force de mélanger les influences, Owen Pallett réussi réellement à créer un univers sonore à part comme dans le foisonnement passionnant d'un morceau comme The Butcher, émouvante composition dont le final éclatant et mélancolique réinvente totalement l'idée même de pop orchestrale. Et en guise de dernier morceau, The Ballad Of No-Face, il signe tout simplement l'un de ses plus beaux morceaux, mariant les harmonies d'une manière absolument brillante, n'hésitant pas à aller chercher la dissonance pour faire apparaître la beauté, décalant même légèrement le rythme de son chant à la fin par rapport au premier couplet pour ne jamais laisser l'auditeur dans une position confortable : toute l'exigeance de la musique de Final Fantasy est là, dans les détails absolument géniaux, et pour peu qu'on accepte de jouer le jeu, on a l'occasion d'entendre de choses superbes, comme ce piano (rappellant This Lamb Sell Condos de son deuxième album) qui vient conclure le morceau, accompagné par des criquets et autres sons de la foret. Si ces 5 morceaux sont à l'image de ceux qui formeront le troisième album de Final Fantasy, alors il ne me semble pas être trop présomptueux d'affirmer que celui ci risque fort d'être un immense chef d'oeuvre tant cet avant-gout a des allures de perfection.

Parallèlement à cela, Plays To Please, se place dans une toute autre optique mais offre aussi de magnifiques choses. Cet e.p. est composé de 6 reprises de l'artiste montréalais Alex Lukashevsky, un monsieur assez inconnu du grand public mais qui est une figure importante de la scène alternative canadienne avec son groupe Deep Dark United. Allant piocher un peu partout dans les morceaux du monsieur, qui sont certains uniquement acoustiques tandis que d'autres sont riches et remplis d'orchestrations, Owen Pallett les transpose dans une univers bien plus suranné mais tout aussi fou, accompagné pour le coup d'un orchestre de 35 membres (le St. Kitts Orchestra) parmi lesquels on retrouve Andrew Bird. La musique de Plays To Please est une chose étrange, comme une version mutante et volontairement défigurée des big bands qui jouent du easy listening, se plaçant dans l'optique d'un bazar orchestral qui n'est pas sans rappeler Van Dyke Parks. Dès Horsetail Feathers, on flotte dans un espèce de cabaret, le morceau est une véritable comédie musicale avec mélodies distinguées et instruments haut en couleurs. Le rythme est syncopé, on claque des doigts, et la très belle voix aiguë d'Owen s'envole en faisant "Oooh!". Tout ce mini-album est construit ainsi, avec des arrangements classiques, qui peuvent parfois même prêter à rire, mais c'est justement là dessus que tout se joue. Si Spectrum détourne l'exotisme, le but ici est de réutiliser tout ce qui semble absolument désuet pour transposer les morceaux de Lukashevsky dans un autre temps, un autre lieu. Jouant énormément sur la dissonance (Moodring Band, morceaux crépusculaire où les violons jouent volontairement un peu faux) et les moults surprises musicales possibles (Nun Or A Bawl, qui change le coté rauque de l'original en un véritable déluge de trouvailles mélodiques), on a donc une musique qui fait exprès de nous tendre des pièges, de nous étonner, lutant à tout prix contre l'ennui et l'idée même de confort pour offrir quelque chose d'autre d'absolument brillant, à la fois familier et bizarre,. Cela donne un e.p. totalement attachant mais aussi assez exigeant, et qui reste d'une beauté totale, pour peu que vous aimiez les violons de soirées cosy et le easy-listening complètement défiguré aux profits de chansons ambitieuses.

Bref, vous l'avez surement compris, ces deux e.p. sont absolument indispensables, il vous les faut, tombez dans l'illégalité si il le faut pour pouvoir les écouter, mais passer à coté serait une erreur absoluement terrible, une auto-flagélation involontaire. Car, à eux deux, ils forment un ensemble de 11 morceaux tous aussi géniaux les uns que les autres qui sont une démonstration éclatante de l'affirmation de départ : Owen Pallett est un génie. Et quitte à ne jamais être génial soi même, autant être heureux en écoutant ces deux courts ensembles qui sont un sans fautes musical comme on en a (trop) rarement l'occasion de l'entendre.

Emilien.

un lien : http://www.myspace.com/owenpallettmusic
ou encore www.myspace.com/ffinalffantasy

Lien vidéo de l'album :
Une version live au son un poil baveux de The Butcher tiré de Spectrum, 14th Century et joué ici juste avec un violon et des pédales d'effet, dans une tentative désespérée et magnifiquement vouée à l'échec de recréer toutes les orchestrations du morceau. Tout seul.


ET VOICI POUR VOUS, tout nouveau, le clip de The Butcher, qui est assez laid, mais on peut pas tout avoir.


dimanche 27 juillet 2008

[Tourne Disque] : Cheap Time - Cheap Time

Label : In The Red Records
Sortie : 14 Avril 2008
4,5/5








C'est une évidence que certains nigauds essaient de nier en usant d'une mauvaise foi qui confine au révisionnisme musical le plus insupportable, mais le garage rock est un style de musique qui est, par essence, résolument chiant. Pour ceux qui ne sont jamais sorti du leur, rappelons que le rock dit garage est le parent pauvre du rock, la version sous-douée de la musique avec guitare électrique, l'horreur incarnée comme un ongle. Souvent joué par des idiots qui ne savent que peu utiliser leurs instruments achetés d'occasion, on l'appelle garage car c'est la où le groupe joue, ce qui explique leur manque de succès et leurs enregistrements pourris. Par contre, ce qui explique la pauvreté musicale de ce genre qui est tout de même responsable d'un autre mouvement de demeuré, à savoir le punk, et j'entend par là le punk sous sa pire forme (exemple : les ramones), c'est juste le manque total de talent des jeunes blanc-becs pseudo-cool et drogués qui ont cru qu'ils suffisaient d'avoir l'air branché et d'enchaîner les "money chords" pendant 2 minutes en braillant des inepties pour faire de la musique. Mais si encore ces gens là faisaient ça entre eux, passe encore, c'est aussi respectable que d'être philatéliste. Mais non, ils sortent parfois leurs albums et se produisent en public, ce qui conduit à ce que parfois, diantre!, ils plaisent. Ainsi, dans cette mythologie délabrée de groupes soi-disant indispensables, on trouve d'affreuses formations venues des 60's qui ont réussi à acquérir une sainteté en faisant n'importe quoi et en se prenant très au sérieux, et on réédite régulièrement les petits rejets musicaux de groupes comme The Sonics, The Seeds ou les risibles The 13th Floor Elevator. Et puis, au fur et à mesure des années décadentes qui nous menèrent au vingt-et-unième siècle, avec le punk qui a fait apparaître la parfois douloureuse (pour l'auditeur) idée du do it yourself, le garage rock a perduré, s'est perpétué, s'est propagé, s'est méthastasé, bref n'est pas mort, bien au contraire.

Alors pourquoi donc, vous demanderez-vous de manière fort judicieuse, met-je une note extrêmement positive au premier album du groupe Cheap Time qui semble être, ne mâchons pas nos mots, un groupe de garage rock? N'a on pas ici même une contradiction évidente qui discrédite le moindre de mes avis jusqu'à la fin des temps? Et bien non car, comme disait Magritte, ceci n'est pas du garage rock. C'est la représentation qu'on se fait du garage rock, ça donne l'illusion du garage rock, ça à le goût du garage, ça à le son du rock, mais c'est un leurre. En effet, c'est un fait, il y a de bons groupes garage rock, oui, ça existe ; et puis, dans l'absolu, le Velvet Underground à la base, c'est un peu du garage rock parfois. Mais voilà la clé qui différencie ces groupes du commun des brailleurs : ils ne se complaisent pas dans ce style stérile. Les meilleurs groupes de garage rock sont ceux qui n'en font pas, ou pas vraiment. Dans une moindre mesure, cela s'applique parfaitement à ce trio américain qui offre ainsi un premier essai totalement brillant. Déjà au début de l'année, ils avaient sorti un single dont la face A, Handy Man, était un tube instantané, un chef d'oeuvre de rock and roll qui rencontre la pop, une véritable insulte à l'intelligence qui avait le bon goût de rappeler tellement de bons groupes que les influences s'en trouvait brouillées. En une minute et quarante-quatre secondes, ils avaient fait l'un des meilleurs morceaux de l'année, voir même de la décennie. Il y avait tout, les claps, la voix de branleur, les 4 accords parfaitement sortis, le refrain avec des choeurs faux, le son dégueulasse, la batterie plus binaire qu'un ordinateur. On était plus prêt de la classe d'un You Really Got Me que des éjaculations soniques de nouilles sous lsd. Soudain, on pouvait croire à nouveau en un rock dans sa forme la plus simple, le rock mythologique et originel accouplé avec une modernité un poil surannée, on dépassait totalement la musique de sous-sol. Autant dire qu'on attendait donc l'album avec une impatience non feinte pour voir si le prodige pouvait tenir la distance.

Et soudain le voilà, fougueux, arrogeant, affichant fièrement sa stupidité comme un étendard, avec quatorze morceaux pour vingt-huit minutes, évidemment. Il me serait impossible de répondre à la question "pourquoi ça marche?". Je ne vois pas l'once d'une explication qui tienne sur des éléments tangibles. Pourquoi entendre 14 fois le même morceau (une caricature que quelqu'un sortira sans doute) n'est pas gênant avec Cheap Time? C'est vrai ça, le guitariste chante toujours avec un pré-ampli sur son micro, la batterie fait tout le temps le même break (un "tacatacata" en double-croche sur la caisse claire, il est dans 90% des morceaux), la production varie pas d'un pouce. Mais c'est prodigieux. Allez savoir. Appelez ça comme vous voulez, mais ces types là ont quelque chose qui fait qu'on ne s'ennuie pas avec eux, et qu'on bat du pied, qu'on secoue la tête, qu'on ne reste pas passif, bref qu'on fait ce qu'on a à faire en écoutant ce type de musique. Chaque morceau rivalise avec l'autre quand on essaye de voir lequel est le plus cool. Sur Glitter & Gold, ils usent de tout les poncifs du genre, mais peu importe, à la sortie, on a un tube. Sur People Talk, reprise d'un groupe totalement inconnu de new wave appellé The End, ils offrent un espèce de punk totalement new-yorkais qui peut faire penser à du glam. Falling Down est un tube de rock 70's avec solo façon guitar hero qui ne joue que sur la corde de mi aiguë. Sur Ginger Snap, ils sortent un petit synthé qui ne sert à rien mais donne un coté totalement passéiste fun à l'affaire pour finir sur des "ya ya ya ya ya" effrontément efficaces. Et finalement, le très long (3 minutes!) Trip To The Zoo qui finit en fanfare l'album, fait penser à du bon punk (ce qui semble pourtant être la plus part du temps une antithèse), celui qu'on aime écouter quand il n'y a plus rien d'agréable à écouter.

Oh, je les vois venir les cyniques qui diront "non mais n'importe quoi, c'est juste un énième groupe de garage rock ce truc". Oui, si vous voulez, si ça vous fait plaisir, mais Cheap Time, c'est avant tout des refrains pop, des influences glam, punk et venues des 60's, c'est avant tout des types qui savent écrire des tubes et qui, pour cela, le font avec un son pas terrible et trois accords façon garage rock certes. Mais quand un groupe est sur le même label que les Sparks, et qu'il dédie son album à Sany West, la batteuse de Runaways décédée en 2006, c'est qu'il y a plus que ça. Cet album est exemplaire car il apporte exactement ce qu'on peux attendre de lui, il se suffit à lui même, il contient l'essence même d'une musique indémodable après pourtant plus de quarante ans de raffut, et si on ne devait garder qu'un seul album de rock cet année, de rock tout court, sans multiples adjectifs pompeux, ce serait indéniablement celui la. Et, oui, pendant ce temps la, on peut continuer sans contradictions à conchier tout ces groupes post-modernes surfaits qui sortent des albums très très intelligents (oh, ça, oui!) mais qui ont totalement oubliés l'auditeur dans leur onanisme musical fatiguant.

Parce qu'on ne peux pas toujours être intelligent, dieu merci, il nous reste Cheap Time.

Emilien.

un lien? bien : http://www.myspace.com/cheaptime
Lien vidéo pour cet album :
L'anti-clip qui est lui très garage de Glitter & Gold. Notons qu'on y entend la version démo du morceau : la version de l'album est un peu plus lente mais bien meilleure. Pour un Cheap Time moins démo mais dans un son pourri, regardez les lives sur YouTube. Pour un Cheap Time réel, allez sur le myspace ci-dessus.