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dimanche 14 décembre 2008

[Tourne Disque] : Parenthetical Girls - Entanglements

Label : Slender Means Society
Sortie : 9 Septembre 2008
4,5/5














C'était presque le rêve de Zac Pennington, chanteur et tête pensante du projet Parenthetical Girls. Après un premier album co-produit par le leader de Xiu Xiu, et très proche d'ailleurs de la scène électro-folk à fleur de peau de ce groupe, il a eu l'idée, en 2005, d'un album bien plus ambitieux, un véritable "Song Cycle", cela dans les deux sens du terme. D'un coté, se placer dans la lignée de pop orchestrale de l'album du même nom de Van Dyke Parks (qui le groupe a t-il mis dans une mixtape pour décrire les influences de l'album? Parks, voilà qui, je ne suis pas qu'un monomaniaque qui veut placer le nom de son chouchou partout). De l'autre, de réaliser tout simplement un "cycle" de chansons qui raconteraient une véritable histoire en formant un grand tout. Mais un projet pareil demande de l'argent et une certaine science de l'arrangement, ce que cet autodidacte n'avait pas. Préférant laisser tout cela de coté en attendant, le groupe a sorti entre temps en 2006 un album plus proche du premier, un peu lo-fi, un peu électro, un peu folk, nommé Safe As Houses. A l'issue de la sortie de cet album, couronnée de critiques très positives, le groupe a été rejoint par différents multi-instrumentistes et s'est alors à nouveau penché sur ce projet. Finalement, avec l'aide de Jherek Bischoff (du groupe The Dead Science), au bout de 3 ans de travail et de sessions avec des tas de musiciens, Entanglements était terminé. Un album ambitieux mais très éloigné du son habituel du groupe, que ce soit sur les précédents albums ou même encore aujourd'hui en live, ce qui désappointa certains fans obtus, ainsi que certains critiques qui passèrent rapidement à autre chose, parfois en se moquant de ces post-ado écorchés qui s'étaient poudrés de trompettes.

Erreur monumentale, Entanglements est un outsider démentiel qui mérite qu'on s'intéresse à lui, et vite, tant il est l'un des albums les plus beaux et les plus réussis de notre année finissante. Au niveau de la forme, sa très grande force, c'est la puissance de ses compositions appuyées par les arrangements denses mais délicats qui les magnifient. Dès le premier morceau, Four Words, on est emporté dans un tourbillon d'instruments lancés à toute vitesse. Les violons s'envolent, des vibraphones résonnent, le piano martèle des accords majestueux, une harpe égrène quelques notes venues du ciel, des petites flûtes naviguent dans l'harmonie, des castagnettes claquent, tout cela explose dans un carnaval de lumière à l'efficacité redoutable, même dans les territoires dangereux et parfois effleurés de la dissonance. Tout l'album se place dans cette beauté là, surannée mais distinguée, semblant venir parfois de la musique classique dans la forme, mais sans jamais perdre de vue l'aspect terriblement pop que peut prendre un orchestre, si tant est qu'on sache l'utiliser. Ce n'est sans doute pas un hasard si le groupe reprend le magnifique et déprimé Windmills Of Your Mind, morceau popularisé par Dusty Springfield aux USA mais co-composé à la base par le géant Michel Legrand (oui, le monsieur des Demoiselles de Rochefort, entre autres), qui était lui aussi un maître du refrain parfait baigné dans des instrumentations sophistiquées. On en vient même à penser à des compositeurs contemporains comme Gavin Bryars au début du morceau-titre, avec ses couches de cordes habilement composés, tout ça avant que le morceau explose dans une mini-symphonie jouissive. C'est dans ces moments épiques, ou quand les morceaux se lancent dans des ambiances façon Big Band 30's, comme dans le parfait Unmentionables, que le groupe se place clairement en digne successeur de Van Dyke Parks. C'est dans ces moments là que la conversion du groupe vers la pop orchestrale est la plus géniale et montre qu'ils ont tout compris, de la même façon qu'un Owen Pallett dans son projet Final Fantasy ; ce n'est d'ailleurs pas un hasard si l'on pense à son He Poos Clouds ou ses derniers e.p. en écoutant Entanglements.

Mais toute cette débauche de moyen n'est jamais vaine, et n'est là que pour contraster avec la tristesse qui habite toute l'oeuvre. On l'a dit, cet album était sensé raconter une histoire, et c'est justement là que Entanglements contraste avec l'image qu'on peut se faire de la pop orchestrale : en effet, les 11 morceaux parlent avec une violence invisible de sexualité adolescente, d'une histoire d'amour entre un garçon de 25 ans et une fille de 14 ans, de peines, de joies, de désir, de peur, parfois avec une certaine crudité. Construit en deux parties et décrivant le passage de l'adolescence à l'âge adulte, l'album évolue, et les morceaux prennent ainsi peu à peu un tour plus tragique, quasiment mélodramatique, mais en jouant avec subtilité avec le pathos. De la mélancolie souriante des premiers morceaux, on tombe rapidement dans des compositions sublimes et déprimées, comme dans le sublime Young Eucharists avec ses clavecins qui portent en eux toute la tristesse du monde quand ils appuient sur des accords qui prennent aux tripes. On est presque dans une ambiance funèbre dans Abandoning, et sur l'éblouissant final qu'est This Regrettable End, dont le titre est déjà explicite, on ne peut s'empêcher de penser aux compositions d'un Danny Elfman, à la fois magnifiques et tirant des larmes : en quelques accords déprimés, portés par des choeurs fantomatiques, les violons font frissonner, et l'on rêverait que cela ne finisse jamais. Il y a une simplicité et une universalité dans ces instants qui est précieuse et rare. Mais ce qui transmet totalement à l'auditeur toute la puissance émotionnelle de cet album, c'est la voix de Zac Pennington, véritable clé de voûte de l'ensemble. C'est quand elle s'envole dans des falsettos sur le fil du rasoir en plein milieu de mélodies incroyablement composées que l'album atteint son apogée. Souvent, elle tremble, elle vibre, elle se déplace entre le grave et l'aigu, entre délicatesse et envolées, mais elle appuie toujours quand il faut, soulignant toute la détresse des personnages qu'elle fait vivre. C'est peut être cela qui déplaira à certains, cette voix qu'on pourra trouver ridicule, ou trop maniérée. Mais c'est justement parce qu'elle porte en elle des émotions crues mais simples que l'album en est si touchant et si beau. Et c'est par la conviction de cette voix que l'on y croit, et qu'à aucun moment l'album ne tombe dans le larmoyant.

Voyage pour les tympans et véritable coup au coeur, l'album des Parenthetical Girls est précieux, tant il réussi son pari orchestral avec brio et sans jamais perdre les émotions brutes qu'il cherche à transmettre à l'auditeur. Qu'on y rit ou qu'on y pleure, les 32 minutes d'Entanglements sont absolument brillantes, puissantes et émouvantes. Un album à découvrir absolument. Le pathétique est rarement aussi sublime.

Emilien.

un lien : www.myspace.com/parentheticalgirlsband

Extrait vidéo de l'album :
Le clip de "A Song For Ellie Greenwich" (qui était une chanteuse pop des 60's pour mémoire )

Parenthetical Girls - "A Song For Ellie Greenwich" from judesays on Vimeo.

dimanche 9 novembre 2008

[Bonus Tracks] : The Organ, Inara George, Oasis, Monkey

The Organ - Thieves
Label : Mint Records
Sortie : 13 Septembre 2008
3,5/5



J'ai un tee-shirt The Organ. Il est super joli, on y voit un orgue dont les tuyaux vont jusqu'à des nuages dans lesquels y'a des oiseaux. Rien que pour ça, ce groupe de filles ultra inspiré par les années 80 (cf. leur unique album, le très chouette Grab That Gun) a toujours été protégé dans mon petit cœur, et j'ai été très triste quand elles se sont séparés brutalement et sans donner de raisons ("y'en a trop" ont-elles dit de façon lapidaire), durant l'enregistrement avorté de leur deuxième album, en 2006. Dieu merci, voici le petit e.p. Thieves qui regroupe six morceaux inédits, dont deux en live, et qui intervient comme un dernier petit souvenir. Comprenant des choses absolument géniales que ce soit le mini tube Can You Tell Me One Thing ou l'émouvant (et acoustique!) Don't Be Angry, cet e.p. n'a pour unique défaut que le fait qu'il ne sonne pas "terminé" ; il y manque une finition qui ne se fera jamais. Ce court adieu se fait donc simplement, sans pathos, juste ce qu'il faut d'émotion quand la chanteuse, double féminin de Morrissey, chante "all that i want was here, now it's gone/don't be angry, i will die lonely". R.I.P, etc.
Can You Tell Me One Thing



Inara George (with Van Dyke Parks) - An Invitation
Label : Everloving
Sortie : 29 Aout 2008
2,5/5



C'est sans doute le raté le plus mignon de l'année, mais ça reste un raté. An Invitation est la rencontre quasiment "en famille" de Inara George, jeune femme qui a une très jolie voix et de Van Dyke Parks, arrangeur génial dont je parle trop et ami du père d'Inara. L'album est un grand déluge d'orchestrations d'un autre age comme Van Dyke Parks en a le secret sur des morceaux aimables et infiniment jolis, sur lesquels la voix d'Inara flotte très gracieusement. Alors donc, pourquoi ça marche pas? Parce que tout cela sonne creux, et notre gentille chanteuse écrit des ballades absolument transparentes. Et comme le propre de l'orchestration est d'enjoliver et pas de fabriquer, Van Dyke a beau se démener comme un diable avec des idées géniales, il ne sauve finalement rien, au contraire, on a l'impression assez affreuse qu'il en fait beaucoup trop pour sauver la chose. Ce n'est pas désagréable à écouter, il y a même de jolis morceaux, mais franchement, si vous voulez une fille qui compose des morceaux brillants et sur lesquels l'ami Parks est comme un gosse dans un magasin de jouets, autant aller réécouter Ys de Joanna Newsom, qui fait passer cette sucrerie pour de la musique d'ambiance.
Right As Wrong



Oasis - Dig Out Your Soul
Label : Big Brother
Sortie : 6 Octobre 2008
2/5



Dans la catégorie des artistes dont on sait que l'âge d'or est passé, il y a toujours une étape obligée qui les touche tous par roulement : l'album du "retour-aux-sources", le "meilleur-album-depuis-le-dernier-meilleur-qui-a-déjà-quinze-ans", l'inénarrable "retour-en-grâce-des-géants-assoupis". Un processus de seconde jeunesse savamment orchestré par les maisons de production et qui, par le truchement de quelques critiques positives, voudrait faire croire à tout le monde que, si si, pour de vrai, un groupe comme Oasis peut encore sortir un bon album. En 2008! Soyons sérieux! On peut y croire pendant les 3 premiers morceaux de Dig Out Your Soul qui offrent un groupe toujours très rock de stade, mais un peu plus subtil que d'habitude. The Turning est même un bon morceau. Mais chassez le naturel, il revient au galop, le reste est bien plus paresseux, avec des ballades insipides, un Noel Gallagher qui persiste toujours a vouloir mal chanter des morceaux à la place de son frère, des duplicatas 60's fatigants, et surtout la preuve que les morceaux de gros rock en ternaire sont une aberration (Ain't got nothin', affreuse chose). Cela nous fait 4 morceaux écoutables. C'est vrai que par rapport aux derniers albums du groupe, c'est beaucoup.
The Turning



Monkey - Journey To The West
Label : XL Recordings
Sortie : 18 Aout 2008
3/5



Écouter la B.O. d'un spectacle sans voir le spectacle, voilà bien quelque chose de problématique. Y'a toujours de ces passages décontextualisés qui semblent un peu inutiles, alors qu'ils ne choquent pas une fois pris dans la progression d'une œuvre globale. On a beau être Damon Albarn, c'est exactement pareil quand on sort les musiques de son opéra Journey To The West en cd, en version "electro" (parait-il). S'il est intéressant d'entendre un Damon Albarn qui n'a que très rarement été aussi expérimental, il faut tout de même avouer que tout les morceaux instrumentaux de moins de deux minutes ne sont pas vraiment convaincants, surtout quand ils sont plombés de sons électroniques ou d'effets un peu maladroits. En dehors de quelques passages orchestraux très beaux (Sandy The River Demon), il n'y a guère que les "vraies" chansons qu'on retiendra, sortes de bonnes faces-b de Gorillaz chantées en chinois, particulièrement celles de la fin de l'album comme Monkey Bee qui finit en une formidable explosion qui nous rappelle pourquoi Damon Albarn reste, tout de même, un héros pour nous tous. Pas de quoi non plus tomber à la renverse.
The Living Sea


Émilien.

dimanche 19 octobre 2008

[Tourne Disque] : Department Of Eagles - In Ear Park

Label : 4AD
Sortie : 6 Octobre 2008
4/5





L'acheter
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Je ne vous apprendrais rien, mais entre les années 60 et les années 70, il y a eu une bonne grosse poignée de visionnaires qui ont chacun de leurs cotés redéfinit la musique et l'ont amené dans des directions différentes. Je ne vous ferais pas l'injure de donner des noms. Après quoi, dans le sillage de ces types, certaines directions furent prolongées par un nombre plus ou moins grands d'héritiers, eux même plus ou moins légitimes. Et puis dans le même temps, il y avait aussi les types qui n'ont inspirés absolument personne sur le moment et qui ont très longtemps avancés en solitaire sans qu'aucun petits nouveaux ne les pillent allègrement. Ainsi donc, pendant très longtemps, absolument personne ne s'est inspiré de Van Dyke Parks. Tout le monde s'en foutait de ses arrangements fous et riches, inspirés par la musique populaire américaine et la musique classique. Personne n'écoutait son premier album et chef d'oeuvre Song Cycle qui avait fait un bide impossible et avait été un gouffre financier pour la Warner. Qui se souciait de ses albums absolument paumés de musique calypso alors qu'on était en pleine période du glam-rock? Aussi, qui s'inspirait de Randy Newman? Oh, on écoutait ses morceaux oui, mais pas grand monde ne reprenait leurs arrangements surannés. Et la free-folk de John Fahey (ou d'autres), on l'entendait chez les artistes pop? Absolument pas. Il a fallu attendre les années 90 pour entendre enfin l'influence de l'oeuvre de ces artistes, et encore, chez peu de gens, juste un épisodique Jim O'Rourke dans sa période pop, qui lui même sur le moment n'a inspiré presque personne.

Aujourd'hui, c'est différent. On a redécouvert ces artistes. On les a enfin mis sur le pied d'estal qu'ils méritaient. On a pu télécharger leurs albums introuvables. En conséquence de quoi, les voilà enfin inspirateurs de jeunes groupes. En effet, quand on écoute In Ear Park de Department Of Eagles, on les entend ces influences, elles sont là, vivantes, renouvelées. Le jeune duo américain l'a même parfaitement assumé et a mis le nom de quelques uns de ces artistes dans la liste de leurs influences. C'est ce qui fait que cet album est à la fois irrésistible, totalement paumé dans son époque et d'une richesse étonnante. Dire qu'on y entend l'influence de Van Dyke Parks serait un euphémisme : le morceau Teenagers mêle exactement de la même façon des mélodies venues du easy listening des années 50 avec des tas de petites idées musicales. La voix même, nasillarde et passée dans un pré-ampli étrange fait sonner l'ensemble comme un morceau inédit du compositeur dans les années 60. Quand le groupe se lance dans le petit tube No One Does It Like You, on entend des chœurs qui auraient pu être fait par Harry Nilson et Paul Mc Cartney à la grande époque (avec des "dom dom dom" graves façon Mills Brothers dans un music-hall) sur une ligne de basse toute simple au groove explicitement rétro. Et sur Balmy Night, ce banjo aux arpèges mélancoliques accompagné par des guitares acoustiques, c'est le même que celui qu'on peut entendre chez John Fahey dans les années 70, on en mettrait sa main à couper. Et pourtant, non, nous sommes en 2008, et In Ear Park a merveilleusement utilisé toutes ces influences venue de la culture folk des Etats-Unis pour créer un album à la fois paresseux et rêveur, qui fonctionne comme un tout, comme un espèce de voyage un peu lent dans une musique bizarre, aux ambiances juste ce qu'il faut de familières.

Mais dans le même temps, cet album ne s'est pas non plus fait uniquement dans un processus de mimétisme passéiste. Il y a aussi, et c'est là que cela devient vraiment intéressant, des éléments plus modernes dans cet album, et des influences plus récentes. Il faut dire que l'un des membres du duo est aussi présent au sein du groupe Grizzly Bear qui, si il a de commun avec ce side project un même goût des arrangements riches et des atmosphère douces, est un groupe qui penche plus vers l'électricité. C'est pour cela qu'en soit, on peut entendre du Grizzly Bear ici, mais on y entend parfois aussi des bribes de musique folk comme peut en faire Vic Chesnutt ou des morceaux pop aux influences Beach Boys mais passées par un filtre étrange comme chez Animal Collective. Il sera d'ailleurs bien ardu pour le critique de pouvoir clairement expliquer dans quel genre se place cet album, tant il navigue toujours à mi-chemin entre la pop, la musique folk, le rock (mais très doux) et un certain goût pour l'avant garde. Le très beau Classical Records est partagé entre une introduction hors rythme remplie de petits drones avant de se lancer dans des arrangements bizarres, comme une version pop d'un morceau de Gastr Del Sol. Et si cette chronique s'apparente finalement à un veritable name-dropping, ce n'est pas à tort et à travers. On entend ici une véritable somme d'influences parfaitement digerées ; le seul problème venant donc dans l'absolu du fait qu'on les entend autant, les cyniques disant qu'on n'entend que ça.

Mais dans l'absolu, peut-on blamer un groupe de vouloir se placer dans la continuité de tas d'artistes en même temps? Il me semble que non, bien au contraire, c'est même la force de cet album d'être parfaitement tributaire de musiques d'un passé proche tout en essayant de faire les choses de manière personnelle et originale, en mélangeant tout pour créer des choses magnifiques comme Phantom Others qui se termine en douce apothéose absolument parfaite. Parce qu'il est une étrangeté tout à fait accessible, parce qu'il contient de très beaux morceaux, parce qu'il forme un tout à part entière, In Ear Park est un très bon album, recommandé à tout ceux qui aiment la musique pop, tout simplement.

Emilien.

lien : http://www.myspace.com/deptofeagles

Extrait vidéo :
Un live sur un toit, à quatre, du morceau No One Does it Like You