Affichage des articles dont le libellé est rock. Afficher tous les articles
Affichage des articles dont le libellé est rock. Afficher tous les articles

lundi 27 juillet 2009

[Tourne Disque] : The Fiery Furnaces - I'm Going Away

Label : Thrill Jockey
Sortie : 21 Juillet 2009
4/5











J'ai longtemps été un peu éloigné des
Fiery Furnaces parce qu'ils étaient trop prog pour moi. Ils faisaient des albums réputés brillants (François vous en parlerait mieux que moi), mais trop longs, trop complexes. Je ne suis pas assez intelligent pour ça, ni assez patient, et je ne suis pas le seul. Voilà pourquoi après avoir bien aimé leur "EP" qui n'en était pas un ("Single Again" reste un sacré tube!), j'ai totalement décroché. Mais nous voilà 4 ans plus tard, et après une pléthore d'albums qui m'ont fait peur (comme le double-album live interminable de l'année dernière, Remember - si c'est pas la preuve prog ultime ça!), I'm Going Away arrive comme un album plus "facile" de la part du duo, plus accessible. Et c'est très bien comme ça.


Voilà un album "à l'ancienne", c'est-à-dire un vrai album, une collection de chansons qui forment un tout cohérent au milieu duquel tout les morceaux sont parfaitement à leur place. Voilà un album qu'on écoute pas pour 4 très bons moments qu'on passe en boucle, mais pour 12 compositions réussies qui se suivent avec une fluidité trop rare de nos jours. Ça sonne comme un truisme d'avoir à rappeler ce qu'est un vrai album de pop music (car
I'm Going Away est définitivement pop, et c'est là sa force) un album pop d'après le modèle en vigueur depuis, disons, la fin des 60's, mais bon sang, pour une fois qu'un groupe semble l'avoir pigé, on est en droit de se réjouir et le défendre face à des armées de blasés.

La fin des 60's d'ailleurs, puisqu'on en parle, elle est présente dans cet album, et c'est tout à son honneur. Ça et les ambiances 70's offrent à cet album un certain charme rétro qui poussera les cyniques et/ou les rockeurs à qualifier cet album de
Soft Rock ou je ne sais quoi. Il y a effectivement de ça quand on entend les guitares électriques qui harmonisent dans l'aigu ou sont noyés dans une wah-wah terrible (je pense à "Keep Me in Dark"), certains solos outranciers, certains breaks de batterie à coup de grosses descentes sur les toms, ou le gros piano qui joue fort. Pourtant, il serait de bien mauvais foi celui qui oserait dire que cet album est passéiste, tourné vers une période. Je défie quelqu'un de me dire "ah oui, ça me rappelle tel groupe". Parce que les Fiery Furnaces sonnent comme personne. Ils ont ce penchant tordu et arty, inhérent à tout leur discographie, qui sublime ici le coté bigrement efficace des compositions sans perdre de son pouvoir d'hypnose. Je ne vous parle même pas d'idées qu'on entend directement, comme du fait d'accélérer le tempo pour passer de la ballade en un final gros rock sur "Drive to Dallas", même si ça en fait partie. Non, tout le reste, tout ce qui est caché derrière, tout ce qui est le suc même du groupe. Les arrangements curieux. Les structures bizarres. Les mélodies un peu inattendues. On pourrait croire que tout cela serait dénaturé dans un contexte plus pop-rock ; bien au contraire.

Ce qui est génial, c'est que
I'm Going Away montre à quel point ce duo est complémentaire. D'un coté, y'a le frère, Matthew, qui compose des morceaux prenants et riches sans avoir l'air de faire d'efforts (un album par an depuis 2003 tout de même!), mais il ne serait rien sans sa soeur - qui ne serait rien sans lui -, Eleanor, qui surplombe l'album avec sa voix absolument géniale et unique, que ce soit quand elle éructe des phrases interminables sur un "Cut The Cake", ou quand elle se révèle chanteuse rock sur "Staring at the Steepel". Le résultat est un vrai plaisir à écouter. Pour vous faire danser tout seul, y a des tubes impossibles comme le parfait morceau-titre (à la basse qui groove), ou le miraculeux "Charmaine Champagne" (auquel répond "Cups & Punches" qui a les mêmes paroles!) qui swingue plus que tout avec ses syncopes et son petit riff de piano, à coté desquels Eleanor lache des "pa pa pa" avec classe. Et puis quand il s'agit d'être plus posé, écoutez un "The End is Near" et vous verrez bien tout le talent mélodique de cet album. Parce que c'est surtout ça sa grande force : les mélodies. Ultimes très souvent. "Take Me Rounds" et son refrain qui rend heureux. La mélodie au piano de "Even In The Rain". C'est pour ça qu'il passe en boucle chez moi. Il est rempli de choses géniales à écouter, de petits trucs qui donnent envie de chanter fort, de passages ultimes qui font dire à chaque morceau "hé! c'est celui-là mon préféré!". Ce sens pop ne doit jamais être détaché des Fiery Furnaces. Jamais. Et il prend tout son sens ici, dans ces morceaux qui vous font chanter tout en restant intelligents.

Le duo a fait un album de
classic rock vous dites? Non, je ne crois pas. Ils ont fait un album inclassable et irrésistible. Non mais rendez vous compte! C'est un album homogène, réussi, assez posé et rempli de mélodies d'enfer sur des refrains super chouettes! C'est vrai que dit comme ça, on dirait que je parle d'un album sorti il y a longtemps.

Emilien.



Vous trouverez la vidéo de Charmaine Champagne en dessous de ce post, dans la rubrique Télégrammes! J'ajoute que les Fiery Furnacles sont en ce moment même en train d'enregistrer deux albums de reprise de I'm Going Away, un par membre. Les deux versions revisitées en solo sortiront en Septembre! On vous en reparlera dans le Mange-Disque, évidemment.

dimanche 7 décembre 2008

[Tourne Disque] : Pavement - Brighten the Corners: Nicene Creedence Edition / Stephen Malkmus & The Jicks - Real Emotional Trash

Pavement - Brighten the Corners: Nicene Creedence Edition
Label : Matador Records
Sortie : 9 Decembre 2008
Sortie originale : 11 Février 1997
L'album original : 5/5
La réédition : 4/5








Stephen Malkmus & The Jicks - Real Emotional Trash
Label : Matador Records
Sortie : 4 Mars 2008
4/5









Le premier morceau que j'ai entendu de Pavement, c'était We Dance. En intro, il y a une guitare acoustique jolie, des petites notes de piano éparses. Soudain, la voix de Stephen Malkmus se lance, légère, et débute un "There is noooo..." émotif et un peu freluquet. Mais, patatras, la seconde d'après, la suite d'accord s'effondre sur un accord de septième pas prévu, et Malkmus finit sa phrase : "...castration fear". Tout Pavement est là. Cet art de tomber à coté de ce qui est attendu pour donner quelque chose d'autre, d'infiniment plus cool. Les incompréhensibles paroles lâchées dans le phrasé mou de Malkmus, les guitares bizarres et noisy, l'ambiance enfumée de jeunes glandeurs, tout cela a fait de Pavement le groupe ultime du rock indépendant des années 90. Inspirant des tas de gens, un peu partout (ceux qui n'entendent pas du Pavement chez Blur à partir de 1997 sont sourds), le groupe a sorti 5 albums bordéliques, pop, brillants qui sont déjà rentrés dans le panthéon de la période, avant d'imploser au tournant du millénaire. Après quoi, il n'aura fallu que 3 ans pour que le processus de réédition-deluxe-boxset-machin se mette en marche, Matador ressortant progressivement toute la discographie du groupe dans des coffrets agrémentés de tas de faces b, d'inédits, de lives, de tout ce que vous voulez.

Quatrième album à bénéficier de ce traitement de luxe (avec une remasterisation qui ne s'entend pas, ahem), Brighten The Corners est sorti en 1997 après le très consistant Wowee Zowee. S'il allait vers des choses moins éparpillés, plus calmes, c'était en enrichissant le répertoire de Pavement de morceaux plus lents et mélancoliques, pour ce qui est peut être le meilleur album du groupe. Oh, évidemment, cette affirmation se discute, Malkmus lui même ne considérant pas l'album comme un "classique de Pavement". Mais Brighten The Corners montre Pavement dans son meilleur équilibre entre groupe un peu potache de rock décalé et musiciens brillants sachant parfaitement construire des morceaux plus complexes qu'on ne croit. La preuve dans un morceau comme Transport Is Arranged, dont la progression de jolie ritournelle triste à gros passage rock se fait avec une aisance incroyable, ou l'immense duo final Stralings of the Slipstream/Fin qui met en lumière des jeux de guitares parfaitement travaillés, illuminant des morceaux mélancoliques. Même dans ses passages les plus lents comme sur Type Slowly, le groupe réussi à produire de longs instants instrumentaux absolument magnifiques. Et pour ceux qui trouveraient que Pavement est un groupe mou, on leur fera écouter le tube ultime et tordu qu'est Stereo, l'hilarant Embassy Row, ou les chœurs pop de Passat Dream, histoire de bien leur montrer leur erreur. Malkmus est au sommet, sortant des phrases aussi parfaites que "You've been chosen as an extra in the movie adaptation of the sequel to your life", et à la basse, Mark Ibold (qu'on a vu récemment jouer en live avec Sonic Youth) n'a jamais été ausssi parfait avec ses lignes groovy que sur un morceau comme Blue Hawaiian.

Mais, et les ajouts de la réédition à coté de ce chef d'oeuvre mésestimé? C'est toujours le même problème. On a des morceaux/jams qui ne peuvent être appréciées que par un fan ultime qui les a, de toute façon, déjà entendues, et le Pavement-phile modéré devra donc faire le tri entre l'anecdotique et les trésors cachés parmi les 32 (!) bonus. On rigolera sur la version country de Type Slowly, ou sur des morceaux foutraques comme Cataracts, Wanna Mess You Around ou Westie Can Drum, mais il faudra surtout se pencher principalement sur les quelques perles cachées en face-b à l'époque : Then (The Hexx) et ses impressionnantes 7 minutes en apesanteur, le très beau Harness Your Hopes, les ensoleillés et pop No Tan Lines et Roll With The Wind ou le formidable Roll with the Wind. Ces quelques morceaux auraient mérités d'être sur l'album, et ce n'est que justice de pouvoir les découvrir aujourd'hui. Quand aux versions démo ou live, aux jams pas super utiles et juste rigolos enregistrés pour les radios, ça s'écoute une fois à tout casser, comme la majorité des trucs que les maisons de disques se sentent obligés de refourguer quand ils font des rééditions. Cela n'enlève rien au fait que c'est peut être le meilleur album pour découvrir Pavement, et en tout cas une des meilleures choses des années 90 qui méritait amplement cette réédition collector très bien faite.

Mais toute cette mythologie, matinée de nostalgie collective, nous ferait oublier que Stephen Malkmus fait toujours de la musique et a même parfaitement digéré l'après-Pavement, comme le prouve son dernier album, sorti cette année avec son groupe The Jicks, un backing band impeccable qu'a rejoint récemment l'excellente Janet Wess (batteuse de groupes merveilleux comme feu Sleater-Kinney ou Quasi). Vous allez me dire que je suis un Philippe Manœuvre en puissance qui parle toujours de "rock" (il faut bien prendre le relais d'un Rock&Folk agonisant qui met Guns n' Roses ou Kings Of Leon dans ses albums du mois, oh la la), mais Real Emotional Trash est justement un excellent album de rock, et je pèse mes mots, un album avec des solos de guitares parfois psychédéliques et super longs, des gros accords et des riffs tueurs, de la batterie qui tape fort et fait des breaks trop cools, et le tout sur un peu moins d'une heure.

Ce sera trop pour certains. Tout le monde ne goûtera pas les 10 minutes de l'épique morceau-titre par exemple, qui débute par une ballade très réussie mais qui, progressivement et via une accélération parfaitement calibré, se transforme en un tube implacable, se concluant par un solo virtuose entouré par des pianos martelés. On peut comprendre. On plaindra ces gens là. Dans cet album, Malkmus n'a rien coupé, il a laissé les solos (certains sur Hopscotch Willie ou Baltimore sont d'ailleurs assez impressionnants de maîtrise!), il a gardé tout les jams, et ce grand ado fan de prog-rock ne se refuse rien, quitte à bourrer son album jusqu'aux amygdales de passages instrumentaux qui n'ont aucun autre objectif que d'être jouissifs à l'écoute. Encore faut-il rentrer dedans. Mais n'allez pas croire que c'est un album de Steve Vai, dieu du ciel non, il y a aussi de la pop ici, comme du temps de Pavement (ah! vivre avec une légende sur le dos, quel fardeau!), marié avec un coté rock à guitare 70's dont on aurait enlevé tout le superflu : Dragonfly Pie qui ouvre l'album est à cet égard parfait, alternant guitares distordues et refrain sautillant ultime. C'est quand l'album joue sur ces deux aspects qu'on a le droit à des petits chef d'œuvres : Cold Son, Elmo Delmo, ou ce Wicked Wanda final, avec chœurs féminins et guitares qui touchent le ciel. Il est parfois même émouvant et doux à grand coup de pianos électriques, comme sur Out Of Reaches avec sa coda tristoune. En définitive, aucun morceau vraiment plus faible que les autres, des morceaux à la fois classiques mais jamais emmurés dans la tradition, avec l'ajout de "beaucoup de détails à discerner", des musiciens qui se comprennent parfaitement. Cela fait de Real Emotional Trash une des meilleures choses de l'année, tout simplement, et voilà pourquoi il fallait que nous vous en parlions, même 9 mois après.

Et puis, franchement, que voulez-vous, c'est Stephen Malkmus, c'est une voix, c'est une façon de chanter, c'est un type, c'est des mélodies parfaites, c'est une façon de lâcher un solo et c'est quand on se retrouve à répéter tout seul devant sa stéréo en secouant la tête des phrases comme "Shake me off the knife because I want to go home" ou "My baby baby baby baby baby gave me malaria, hysteria-ah" qu'on se rend compte qu'il est, et a toujours été, le mec le plus cool.

Emilien.

liens :
http://www.myspace.com/pavement
http://www.myspace.com/stephenmalkmus (on peut entendre son album en entier sur cette page)

Extraits audio-vidéo-stéréo de l'album:
Pavement - Stereo. Anti clip hilarant d'un tube parfait, qui vaut le coup rien que pour le plan absolument hilarant sur une cymbale au début du refrain, alors qu'on s'attendant à voir TOUT sauf ça.


Stephen Malkmus & The Jicks - Hopscotch Willie. Et ses solos fous, tout plein, partout!

dimanche 16 novembre 2008

[Tourne Disque] : Diebold - Listen To My Heartbeast

Label : Bangor Records
Sortie : 29 Janvier 2008
3,5/5





L'acheter (oui, achetez, c'est un petit label!)
L'essayer

Qu'on veuille bien m'excuser de parler ici d'un album qui est sorti il y a presque un an, mais les années sont bien trop courtes pour qu'on réalise tout ce qu'il s'y passe. Pour sûr, on écoute certains groupes, on les manque pas, on est obligé de subir des choses fades dont tout le monde parle pour se rendre compte finalement qu'il faut faire attention aux mouvements de foule. Mais, dans le même temps, on rate pleins de trucs, et c'est soudain, quand on en arrive à faire le classement des meilleurs albums de l'année qui agonise, qu'on se demande si on a pas traversé l'année musicale comme un touriste au sein d'un voyage organisé. Alors la quête des albums qu'on aurait manqués commence, on erre entre les sorties, et parfois, par chance, on tombe sur un oublié de l'histoire, et si l'on comprend bien que personne n'en ai parlé, on se dit tout même qu'on aurait pu faire attention.

Le premier album de Diebold fait parti de ceux là, et c'est in-extrémis et par hasard qu'il m'est tombé dans l'oreille, par la magie de notre Internet tentaculaire, en ayant seulement connaissance de l'alléchant line-up de ce duo montréalais : d'un coté, Ian Ilavsky, qui joue de la batterie et de la basse, de l'autre Sophie Trudeau, chargée de la basse et de la batterie (les ordres sont importants). Pour ceux qui n'ont donc pas ouvert grands les yeux à la vue de ces noms, ces deux personnes ne sont pas n'importe qui : non seulement elles sont membres du groupe A Silver Mt. Zion, mais de plus Ian fit partie de Sofa, groupe sombre et rock bien trop méconnu signé sur l'influent label Constellation dont il est de surcroît le co-fondateur, et Sophie a été membre du légendaire collectif Godspeed you! Black Emperor, entre autres projets passionnants. Duo basse-batterie quasiment instrumental, Diebold a été fondé en 2002 avec pour principe (en gros et d'après eux) "de régler en musique les conflits d'ordre politique qui pouvaient opposer les deux membres du groupes quand ils vivaient ensemble en les maximisant par le son" (pour la question du sérieux de cette affirmation, c'est vous qui voyez). Et s'il a été enregistré de façon "live" sans public, sans aucun mixage ni overdubs (à part des voix dans le premier morceau) en 2005 et 2006, il aura fallu attendre le mois de Janvier dernier pour que cet album sorte sur le minuscule label crée par Sophie, Bangor Records (label sur lequel était déjà sorti un génial album du trio The Mile End Ladies String Auxiliary en 2005, dont je vous parlerais bien si seulement c'était mon sujet).

Il ne faut pas s'attendre ici à un énième album de post-rock ou des bruits épars émaillés de laborieux passages de musique concrète tout au long d'un album triste comme un sapin de Noël en février. Non, soyez prêt, Listen To My Heartbeast porte bien son nom, et est un album de rock, de gros rock, quasiment de stoner rock, avec des relents de noise rock, un album menaçant et brutal, pas si éloigné dans son esprit du duo Lullabye Arkestra (qui est lui même signé chez Constellation, tout se recoupe). Les six titres de cet album de 35 minutes (durée parfaite) sont pour la plupart assez simples : d'un coté, une basse sale mais pas fatigante non plus, souvent jouée par Sophie, qui lance des gros riffs passés parfois ensuite en boucle dans des pédales de delay pour construire des architectures primitives. De l'autre, une batterie qui tape et ne fait que ça, n'hésitant pas à faire des breaks hard rock façon groupe qui joue dans un garage.

Quand l'album commence, on est agressé par USaid et son ambiance gros metal lourd et ses cris sans fins. Tout est sale et bruyant et l'auditeur lambda se demande ce que l'il est venu faire là. Pourtant, si on se prend au jeu, il y a quelque chose d'absolument jouissif dans la manière dont ces morceaux agressifs sont joués, et derrière cette grosse déflagration sonique, il y a des sortes de jams géniaux qui sont au delà du cool. Ecoutez par exemple des morceaux comme Sure ou Baboum Kaka Chic, et tout de suite l'ambiance change, on est quelque part entre les gros grooves hardcore et des métriques irrégulières, on est happé par cette répétition hypnotisante de riffs. Comme dans une espèce de version déglinguée et rock'n'roll de Neu!, on sait que ce qu'on entend n'a rien de terriblement original, on sait qu'on écoute depuis 3 minutes le même riff, mais on s'en fout, la fureur est là. Encore mieux, parfois on décolle carrément comme avec le formidable morceau Opéra, qui évolue d'une composition garage sur laquelle on secoue la tête pour aboutir en grande apogée majeure, final façon mini-Lightning Bolt dont on a expurgé les doubles-croches. Et même durant le morceau-titre final qui joue beaucoup plus sur les larsens dans un ensemble expérimental à faire peur, il y a soudain cette batterie qui se met en branle et tourne en boucle, rappelant le premier album des Liars ou bien même une version lo-fi de PiL.

Sorte de pas de coté étrange de deux musiciens dont on aurait jamais cru qu'ils seraient un jour si primitifs et bruts, l'album de Diebold, s'il n'est en rien un classique instantané ou un chef d'œuvre en péril, est une découverte tout à fait réjouissante, qui concilie en un même tout cohérent une violence sonique assez physique et une ingéniosité plus cérébrale : c'est exactement ce que l'on peut espérer d'un album dont le volume reste dans le rouge constamment. C'est bien simple, si vous ne prenez aucun plaisir à écouter ces raids de sons crachés par des amplis bousillés, rendez vous à l'évidence : vous n'êtes pas rock. Pis! Vous êtes trop vieux.

Émilien.
Un lien : www.myspace.com/bangorrecords

Extrait audio :
Diebold - Sure

dimanche 9 novembre 2008

[Bonus Tracks] : The Organ, Inara George, Oasis, Monkey

The Organ - Thieves
Label : Mint Records
Sortie : 13 Septembre 2008
3,5/5



J'ai un tee-shirt The Organ. Il est super joli, on y voit un orgue dont les tuyaux vont jusqu'à des nuages dans lesquels y'a des oiseaux. Rien que pour ça, ce groupe de filles ultra inspiré par les années 80 (cf. leur unique album, le très chouette Grab That Gun) a toujours été protégé dans mon petit cœur, et j'ai été très triste quand elles se sont séparés brutalement et sans donner de raisons ("y'en a trop" ont-elles dit de façon lapidaire), durant l'enregistrement avorté de leur deuxième album, en 2006. Dieu merci, voici le petit e.p. Thieves qui regroupe six morceaux inédits, dont deux en live, et qui intervient comme un dernier petit souvenir. Comprenant des choses absolument géniales que ce soit le mini tube Can You Tell Me One Thing ou l'émouvant (et acoustique!) Don't Be Angry, cet e.p. n'a pour unique défaut que le fait qu'il ne sonne pas "terminé" ; il y manque une finition qui ne se fera jamais. Ce court adieu se fait donc simplement, sans pathos, juste ce qu'il faut d'émotion quand la chanteuse, double féminin de Morrissey, chante "all that i want was here, now it's gone/don't be angry, i will die lonely". R.I.P, etc.
Can You Tell Me One Thing



Inara George (with Van Dyke Parks) - An Invitation
Label : Everloving
Sortie : 29 Aout 2008
2,5/5



C'est sans doute le raté le plus mignon de l'année, mais ça reste un raté. An Invitation est la rencontre quasiment "en famille" de Inara George, jeune femme qui a une très jolie voix et de Van Dyke Parks, arrangeur génial dont je parle trop et ami du père d'Inara. L'album est un grand déluge d'orchestrations d'un autre age comme Van Dyke Parks en a le secret sur des morceaux aimables et infiniment jolis, sur lesquels la voix d'Inara flotte très gracieusement. Alors donc, pourquoi ça marche pas? Parce que tout cela sonne creux, et notre gentille chanteuse écrit des ballades absolument transparentes. Et comme le propre de l'orchestration est d'enjoliver et pas de fabriquer, Van Dyke a beau se démener comme un diable avec des idées géniales, il ne sauve finalement rien, au contraire, on a l'impression assez affreuse qu'il en fait beaucoup trop pour sauver la chose. Ce n'est pas désagréable à écouter, il y a même de jolis morceaux, mais franchement, si vous voulez une fille qui compose des morceaux brillants et sur lesquels l'ami Parks est comme un gosse dans un magasin de jouets, autant aller réécouter Ys de Joanna Newsom, qui fait passer cette sucrerie pour de la musique d'ambiance.
Right As Wrong



Oasis - Dig Out Your Soul
Label : Big Brother
Sortie : 6 Octobre 2008
2/5



Dans la catégorie des artistes dont on sait que l'âge d'or est passé, il y a toujours une étape obligée qui les touche tous par roulement : l'album du "retour-aux-sources", le "meilleur-album-depuis-le-dernier-meilleur-qui-a-déjà-quinze-ans", l'inénarrable "retour-en-grâce-des-géants-assoupis". Un processus de seconde jeunesse savamment orchestré par les maisons de production et qui, par le truchement de quelques critiques positives, voudrait faire croire à tout le monde que, si si, pour de vrai, un groupe comme Oasis peut encore sortir un bon album. En 2008! Soyons sérieux! On peut y croire pendant les 3 premiers morceaux de Dig Out Your Soul qui offrent un groupe toujours très rock de stade, mais un peu plus subtil que d'habitude. The Turning est même un bon morceau. Mais chassez le naturel, il revient au galop, le reste est bien plus paresseux, avec des ballades insipides, un Noel Gallagher qui persiste toujours a vouloir mal chanter des morceaux à la place de son frère, des duplicatas 60's fatigants, et surtout la preuve que les morceaux de gros rock en ternaire sont une aberration (Ain't got nothin', affreuse chose). Cela nous fait 4 morceaux écoutables. C'est vrai que par rapport aux derniers albums du groupe, c'est beaucoup.
The Turning



Monkey - Journey To The West
Label : XL Recordings
Sortie : 18 Aout 2008
3/5



Écouter la B.O. d'un spectacle sans voir le spectacle, voilà bien quelque chose de problématique. Y'a toujours de ces passages décontextualisés qui semblent un peu inutiles, alors qu'ils ne choquent pas une fois pris dans la progression d'une œuvre globale. On a beau être Damon Albarn, c'est exactement pareil quand on sort les musiques de son opéra Journey To The West en cd, en version "electro" (parait-il). S'il est intéressant d'entendre un Damon Albarn qui n'a que très rarement été aussi expérimental, il faut tout de même avouer que tout les morceaux instrumentaux de moins de deux minutes ne sont pas vraiment convaincants, surtout quand ils sont plombés de sons électroniques ou d'effets un peu maladroits. En dehors de quelques passages orchestraux très beaux (Sandy The River Demon), il n'y a guère que les "vraies" chansons qu'on retiendra, sortes de bonnes faces-b de Gorillaz chantées en chinois, particulièrement celles de la fin de l'album comme Monkey Bee qui finit en une formidable explosion qui nous rappelle pourquoi Damon Albarn reste, tout de même, un héros pour nous tous. Pas de quoi non plus tomber à la renverse.
The Living Sea


Émilien.

dimanche 27 juillet 2008

[Tourne Disque] : Cheap Time - Cheap Time

Label : In The Red Records
Sortie : 14 Avril 2008
4,5/5








C'est une évidence que certains nigauds essaient de nier en usant d'une mauvaise foi qui confine au révisionnisme musical le plus insupportable, mais le garage rock est un style de musique qui est, par essence, résolument chiant. Pour ceux qui ne sont jamais sorti du leur, rappelons que le rock dit garage est le parent pauvre du rock, la version sous-douée de la musique avec guitare électrique, l'horreur incarnée comme un ongle. Souvent joué par des idiots qui ne savent que peu utiliser leurs instruments achetés d'occasion, on l'appelle garage car c'est la où le groupe joue, ce qui explique leur manque de succès et leurs enregistrements pourris. Par contre, ce qui explique la pauvreté musicale de ce genre qui est tout de même responsable d'un autre mouvement de demeuré, à savoir le punk, et j'entend par là le punk sous sa pire forme (exemple : les ramones), c'est juste le manque total de talent des jeunes blanc-becs pseudo-cool et drogués qui ont cru qu'ils suffisaient d'avoir l'air branché et d'enchaîner les "money chords" pendant 2 minutes en braillant des inepties pour faire de la musique. Mais si encore ces gens là faisaient ça entre eux, passe encore, c'est aussi respectable que d'être philatéliste. Mais non, ils sortent parfois leurs albums et se produisent en public, ce qui conduit à ce que parfois, diantre!, ils plaisent. Ainsi, dans cette mythologie délabrée de groupes soi-disant indispensables, on trouve d'affreuses formations venues des 60's qui ont réussi à acquérir une sainteté en faisant n'importe quoi et en se prenant très au sérieux, et on réédite régulièrement les petits rejets musicaux de groupes comme The Sonics, The Seeds ou les risibles The 13th Floor Elevator. Et puis, au fur et à mesure des années décadentes qui nous menèrent au vingt-et-unième siècle, avec le punk qui a fait apparaître la parfois douloureuse (pour l'auditeur) idée du do it yourself, le garage rock a perduré, s'est perpétué, s'est propagé, s'est méthastasé, bref n'est pas mort, bien au contraire.

Alors pourquoi donc, vous demanderez-vous de manière fort judicieuse, met-je une note extrêmement positive au premier album du groupe Cheap Time qui semble être, ne mâchons pas nos mots, un groupe de garage rock? N'a on pas ici même une contradiction évidente qui discrédite le moindre de mes avis jusqu'à la fin des temps? Et bien non car, comme disait Magritte, ceci n'est pas du garage rock. C'est la représentation qu'on se fait du garage rock, ça donne l'illusion du garage rock, ça à le goût du garage, ça à le son du rock, mais c'est un leurre. En effet, c'est un fait, il y a de bons groupes garage rock, oui, ça existe ; et puis, dans l'absolu, le Velvet Underground à la base, c'est un peu du garage rock parfois. Mais voilà la clé qui différencie ces groupes du commun des brailleurs : ils ne se complaisent pas dans ce style stérile. Les meilleurs groupes de garage rock sont ceux qui n'en font pas, ou pas vraiment. Dans une moindre mesure, cela s'applique parfaitement à ce trio américain qui offre ainsi un premier essai totalement brillant. Déjà au début de l'année, ils avaient sorti un single dont la face A, Handy Man, était un tube instantané, un chef d'oeuvre de rock and roll qui rencontre la pop, une véritable insulte à l'intelligence qui avait le bon goût de rappeler tellement de bons groupes que les influences s'en trouvait brouillées. En une minute et quarante-quatre secondes, ils avaient fait l'un des meilleurs morceaux de l'année, voir même de la décennie. Il y avait tout, les claps, la voix de branleur, les 4 accords parfaitement sortis, le refrain avec des choeurs faux, le son dégueulasse, la batterie plus binaire qu'un ordinateur. On était plus prêt de la classe d'un You Really Got Me que des éjaculations soniques de nouilles sous lsd. Soudain, on pouvait croire à nouveau en un rock dans sa forme la plus simple, le rock mythologique et originel accouplé avec une modernité un poil surannée, on dépassait totalement la musique de sous-sol. Autant dire qu'on attendait donc l'album avec une impatience non feinte pour voir si le prodige pouvait tenir la distance.

Et soudain le voilà, fougueux, arrogeant, affichant fièrement sa stupidité comme un étendard, avec quatorze morceaux pour vingt-huit minutes, évidemment. Il me serait impossible de répondre à la question "pourquoi ça marche?". Je ne vois pas l'once d'une explication qui tienne sur des éléments tangibles. Pourquoi entendre 14 fois le même morceau (une caricature que quelqu'un sortira sans doute) n'est pas gênant avec Cheap Time? C'est vrai ça, le guitariste chante toujours avec un pré-ampli sur son micro, la batterie fait tout le temps le même break (un "tacatacata" en double-croche sur la caisse claire, il est dans 90% des morceaux), la production varie pas d'un pouce. Mais c'est prodigieux. Allez savoir. Appelez ça comme vous voulez, mais ces types là ont quelque chose qui fait qu'on ne s'ennuie pas avec eux, et qu'on bat du pied, qu'on secoue la tête, qu'on ne reste pas passif, bref qu'on fait ce qu'on a à faire en écoutant ce type de musique. Chaque morceau rivalise avec l'autre quand on essaye de voir lequel est le plus cool. Sur Glitter & Gold, ils usent de tout les poncifs du genre, mais peu importe, à la sortie, on a un tube. Sur People Talk, reprise d'un groupe totalement inconnu de new wave appellé The End, ils offrent un espèce de punk totalement new-yorkais qui peut faire penser à du glam. Falling Down est un tube de rock 70's avec solo façon guitar hero qui ne joue que sur la corde de mi aiguë. Sur Ginger Snap, ils sortent un petit synthé qui ne sert à rien mais donne un coté totalement passéiste fun à l'affaire pour finir sur des "ya ya ya ya ya" effrontément efficaces. Et finalement, le très long (3 minutes!) Trip To The Zoo qui finit en fanfare l'album, fait penser à du bon punk (ce qui semble pourtant être la plus part du temps une antithèse), celui qu'on aime écouter quand il n'y a plus rien d'agréable à écouter.

Oh, je les vois venir les cyniques qui diront "non mais n'importe quoi, c'est juste un énième groupe de garage rock ce truc". Oui, si vous voulez, si ça vous fait plaisir, mais Cheap Time, c'est avant tout des refrains pop, des influences glam, punk et venues des 60's, c'est avant tout des types qui savent écrire des tubes et qui, pour cela, le font avec un son pas terrible et trois accords façon garage rock certes. Mais quand un groupe est sur le même label que les Sparks, et qu'il dédie son album à Sany West, la batteuse de Runaways décédée en 2006, c'est qu'il y a plus que ça. Cet album est exemplaire car il apporte exactement ce qu'on peux attendre de lui, il se suffit à lui même, il contient l'essence même d'une musique indémodable après pourtant plus de quarante ans de raffut, et si on ne devait garder qu'un seul album de rock cet année, de rock tout court, sans multiples adjectifs pompeux, ce serait indéniablement celui la. Et, oui, pendant ce temps la, on peut continuer sans contradictions à conchier tout ces groupes post-modernes surfaits qui sortent des albums très très intelligents (oh, ça, oui!) mais qui ont totalement oubliés l'auditeur dans leur onanisme musical fatiguant.

Parce qu'on ne peux pas toujours être intelligent, dieu merci, il nous reste Cheap Time.

Emilien.

un lien? bien : http://www.myspace.com/cheaptime
Lien vidéo pour cet album :
L'anti-clip qui est lui très garage de Glitter & Gold. Notons qu'on y entend la version démo du morceau : la version de l'album est un peu plus lente mais bien meilleure. Pour un Cheap Time moins démo mais dans un son pourri, regardez les lives sur YouTube. Pour un Cheap Time réel, allez sur le myspace ci-dessus.

dimanche 6 juillet 2008

[Tourne Disque] : Beck - Modern Guilt

Label : XL Recordings
Sortie : 7 Juillet 2008
3/5








Beck est un type fini. il a 38 ans, deux enfants, et ça fait 12 ans qu'il tente de faire mieux que son album culte Odelay, en échouant à chaque fois avec plus ou moins de dépit. Il a pourtant essayé de faire autre chose ; il a pompé Gainsbourg et Nick Drake sur Sea Changes, il a essayé d'être cool dans Midnite Vulture. Manqué. Il a pourtant essayé aussi de faire un peu la même chose qu'avant dans ses deux derniers albums. Rien de mémorable. Personne ne lui a dit qu'il ratait son coup à chaque fois, d'ailleurs ces albums n'étaient pas tous mauvais (au contraire), mais tout le monde se rendait bien compte que chaque nouvel essai était de plus en plus juste un de plus dans une discographie qui s'éloignait inexorablement du génie des premiers temps. Et puis soudain, le temps passe, et nous voilà déjà en 2008 et voilà que sort le huitième album de Beck, Modern Guilt, un album que personne n'attend, qui ne suscite aucune impatience, un album dont on se fout un peu en fait, produit par Danger Mouse qui produit n'importe qui, et avec Chan Marshall, fraîchement convertie en country girl qui fait bailler tout le monde, venue faire des choeurs qu'on entend même pas sur deux morceaux.

Je l'ai écouté attentivement cet album, en partant même d'un bon à-priori car je trouvais la pochette façon 60's assez classe. Mais après une première écoute bien sérieuse, j'étais incapable de dire si c'était moi qui avait écouté l'album ou si ce n'était pas plutôt l'album qui m'avait écouté tant celui-ci était timide, pas bruyant, gentiment mou, avec autant de goût que de l'eau plate. On sortait de ces très courtes 34 minutes en se demandant "oui et alors?", on ne voyait pas vraiment où Beck voulait en venir, on avait là une collection de 10 chansons peu mémorables, avec l'absence de tout ce qui pourrait ressembler à un tube de près ou de loin, on avait une énorme sensation de vide. Les chansons de Beck n'ont jamais tenues sur grand chose, mais on ne s'en rendait jamais vraiment compte. Ici, avec une réverbération peu avantageuse, voir même des samples mal gérés car trop évidents sur Gamma Ray, on entend le vide des chansons et on a l'impression d'une sobriété presque gênante venue d'un type qui faisait des albums foutraques et débordants d'idées. Comme s'il avait décidé de ne plus rien prouver, de ne plus rien essayer, Beck semble effectivement sonner pour l'une des premières fois de sa carrière plus comme d'autres personnes que comme lui même, il n'invente plus rien, il se laisse aller, il fait de la musique néo-shuffle-60's (le morceau titre), il fait des machins pseudo-expérimentaux façon Four Tet/Radiohead qui tombent à l'eau (Replica, pire morceau de l'album), il fait le cowboy stoner un peu caricatural (Soul Of A Man) ou bien il se prend pour Elliott Smith dans le Volcano final qui pâti d'arrangements peu inspirés.

Alors quoi? Assiste-on à une grosse fatigue déprimé de la part de l'ex-petit génie pop? Ou bien n'a on pas tout simplement là un album de transition? Il est intéressant de voir que Modern Guilt est le retour de Beck sur un label indépendant (XL Recordings, en dehors des USA), un fait qu'on aime bien -surtout nous autres qui écrivons des chroniques de disque- symboliser en un changement d'ère, le début d'un nouveau chapitre blah blah blah. Et, oui, vu comme ça, cet album n'est finalement pas le naufrage qu'il semble être au premier coup d'œil, se révélant être, après plusieurs écoutes, un album certes franchement bancal, mais finalement assez prometteur. Ayant besoin de refaire ses preuves après des années de paresse, le nouveau Beck qui revient, peut être plus mature et sérieux, peut être moins branleur, est en tout cas un musicien qui a changé, qui est devenu étrangement sombre, qui a évolué (un petit peu), et si cet album reste franchement inégal, il contient des morceaux qu'on pourrait même qualifier de brillants comme Chemtrails, étrange morceau lent au refrain hanté très prenant et au final complètement génial. D'une manière tout à fait inattendue, il parvient même à convaincre quand il offre des versions de quarantenaire (comprendre molles) de ses anciens morceaux (Orphans, ouverture manquant de pêche mais qui reste en tête malgré tout), restant le type cool qu'il a toujours été au fond, pour peu qu'on ne veuille pas à tout prix y chercher un nouveau Devil's Haircut. Derrière lui, la production de Danger Mouse est sobre, et se fond bien dans un coté néo-retro-moderne de type qui a la gueule de bois pas désagréable, donnant aux morceaux une couleur agréable et un coté familier.

On se retrouve avec un album bizarre au final, ne souffrant pas du coté trop long qui achevait ses précédents albums, mais n'ayant pas vraiment le temps de décoller. A mi-chemin entre une platitude du songwriting qui inquiète un peu, et une habilité à toujours réussir à faire d'excellents morceaux malgré tout, ce nouvel album est donc à voir alternativement comme un coup de pelle en plus du bonhomme pour s'enterrer et une large brasse pour essayer de remonter à la surface. Un album qui ne décide donc en rien du sort de Beck, mais qui est toujours meilleur que l'affligeant The Information que nous avions dû subir il y a deux ans. Envahi subitement d'une vague de bonté et de positivisme naïf à l'écoute de cette gentille tentative, comme un prof qui voit un élève en difficulté faire des efforts, le message qu'on aurait envie de transmettre au héros déchu des 90's est scolaire et simple : "Des résultats encore trop justes mais encourageants. Continuez comme ça".

Emilien.

un lien? oui s'il vous plait : http://www.myspace.com/beck
Extrait vidéo de l'album :
En l'absence de tout clip pour l'instant pour le premier single Chemtrails, autant se consoler avec ce collage étrange d'une vielle vidéo psychédélique sur la chanson Gamma Ray :