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jeudi 19 novembre 2009

[Bonus Tracks] : Air, Girls, Jim O'Rourke, Times New Viking

Air – Love 2
Virgin
5 Octobre 2009
2,5/5


Love 2 peut facilement être considéré comme l'album synthétisant la discographie du duo versaillais : on y retrouve le romantisme frenchy de Moon Safari (Love), le psychédélisme aventureux de 10 000 Hertz Legend (Do The Joy), le virage pop de Talkie Walkie (Missing The Light Of The Day), et le nappage sucré et agaçant exploré par Jean Benoit Dunckel en 2006 sur son album solo (Sing Sang Sung). Et paradoxalement, on sent en eux une volonté claire de dynamiser les compositions pour les détacher du concept « zen » du précédent Pocket Symphony (avec un rythme motorik soutenu sur près de la moitié de l’album). Si on est d’abord impressionné par l’excellent travail de production (la mise en espace et la diversité des sons utilisés impose le respect, un mélange unique d’instrumentation vintage à de l’électronique moderne) et l’homogénéité des ambiances, on est assez vite lassé par la manque d’épaisseur des compositions. Il manque de vraies chansons mémorables, tout simplement. Malgré le gros travail de recherche esthétique qui s’en dégage, elles sont soit trop répétitives, soit trop brèves ou inachevés (une utilisation presque constante du fade out). J’attends plus d’un album entièrement produit par le duo, seul dans son propre studio. Love 2 marque la fermeture d’une boucle pour Air (15 ans, 6 albums studios, un groupe qui tourne en rond), et peut être le début d’une toute nouvelle orientation (je l’espère !) avec, selon les dires de Nicolas Godin, un album plus expérimental pour la suite.


Girls – Album
True Panther Sounds
22 Septembre 2009
3,5/5


Avec ses airs de rock de branleurs indie (une voix très nasillarde et une nonchalance généralisée), j’ai d’abord eu du mal à comprendre comment un groupe pareil a pu faire autant parler de lui en 2009. En fait l'attrait de Girls repose beaucoup sur la personnalité du chanteur Christopher Owens, dont l’histoire tragique (racontée en interview, et retranscrite un peu partout sur les blogs) se fait facilement ressentir. Sa façon très touchante d'exposer à cœur ouvert ses douleurs et ses déceptions par des paroles simples en fait un personnage immédiatement charismatique. La réussite de l’Album tient aussi beaucoup à la production de Chet "JR" White, qui à partir des textes et des accords de Christopher Owens a su revisiter quelques grands classiques du rock en 12 chansons codées. Cet exercice de style synthétique (on y croise le rockabilly d’Elvis Presley, la pop solaire des Beach Boys, le shoegaze de My Bloody Valentine, le cool rock de Pavement) évite le passéisme vain de beaucoup de groupes actuels (la vague revival Post Punk à la The Editors, le néo Krautrock à la française) car il est profondément incarné par une âme sensible exprimant un spleen adolescent avec une rare efficacité rock.


Jim O’Rourke – The Visitor
Drag City
14 Septembre 2009
4/5


Depuis le Japon où il est en exil artistique depuis plus de 9 ans, Jim O’Rourke (ancien membre de Sonic Youth, producteur majeur, multi-instrumentiste et expérimentateur de renom) continue sa série d’albums pour le label Drag City avec cette symphonie de chambre de 40 minutes (guitare acoustique, piano, batterie, basse, tambourin, banjo, claviers). Pour les oreilles non averties, il est difficile de s’accrocher à The Visitor, long voyage poétique qui multiplie les changements imprévus de registres et oublie plus que jamais les schémas habituels en 4/4 de la pop. C’est de loin l’album le plus exigeant de la série, et il faut s’accrocher pour ne pas perdre ses repères au milieu des nombreux trous d’air. On a perdu l’hypnotisme onirique de Bad Timing (avec lequel il forme une sorte de dyptique), mais l’impression d’écouter quelque chose d'infiniment précieux perdure longtemps. The Visitor est un disque dont on n’est jamais réellement sorti, jusqu’à la résolution de son énigme.


Times New Viking – Born Again Revisited
Matador Records
22 Septembre 2009
3,5/5


De toute la vaguelette Shitgaze (un esprit Do It Yourself poussé à l’extrême et qui repose sur un enregistrement sale avec du matériel d’amateur, une non-production et une spontanéité qui frise souvent l’imposture, voir l’article écrit par C'est Entendu), les Times New Viking sont de loin les plus doués et les plus sincères. Car contrairement à Wavves, Japandroids ou No Age, qui cachent l’ineptie de leurs compositions derrière la posture d’une production crado, eux savent écrire des mélodies entêtantes. En faisant abstraction de l’a(nti) production shitgaze, l’essentiel fait surface : les Times New Viking écrivent des chansons pop géniales et addictives (refrains dissonants chantés en chœur, guitares déglinguées, batterie métronomique, petites boucles de claviers sautillantes). Ils n’y vont pas par quatre chemins et foncent droit dans le mur en visant juste, comme si la radicalité du Velvet Underground rencontrait l’immédiateté pop de Blur. Born Again Revisited ne révolutionne en rien la musique, mais il est mené par des types à forte personnalité qui n'ont pas d'autre ambition que de concocter une injection jouissive de tubes frappadingues.

François.

samedi 25 juillet 2009

[Télégrammes] : Semaine du 20 au 25 Juillet

Un nouveau morceau du prochain album de Muse (The Resistance) a été dévoilé : The United States of Eurasia. Quand Muse fait ressusciter Freddie Mercury dans le Sahara, tout en pillant Chopin :

Ils s’enfoncent dans leur trip prog grandiloquent; j’aurais préféré plus de folie et moins de pillage.


La meilleure nouvelle de la semaine : Jim O’Rourke (ancien membre et producteur de Sonic Youth, musicien protéiforme, auteur de la pop la plus classique à l’expérimentale la plus chevronnée) revient enfin le 8 Septembre prochain avec un (vrai) nouvel album très attendu. The Visitor sera dans la veine de l’intemporel Bad Timing, avec un unique morceau de 38 minutes.











On retrouve la boule disco de Bad Timing en éclats et on peut ainsi s’attendre à un nouveau miracle de free folk étoilé.



Triple actualité pour Thom Yorke, pour trois inédits :
Le chanteur de Radiohead a composé un nouveau morceau studio écoutable ici, pour la compilation Ciao My Shining Star: The Songs of Mark Mulcahy, dédiée à la défunte femme de Mark Mulcahy, membre du groupe New Heaver.

Concert solo lors d’un festival : nouveau style capillaire, et accessoirement, nouvelle chanson, The Present Tense.


Il a aussi composé une chanson pour le deuxième épisode de Twilight. Le terrifiant Suck Young Blood de Hail To The Thief aurait parfaitement fait l’affaire, mais toutes les raisons sont bonnes pour une nouvelle chanson de Thom Yorke.


Pour les fans de Constellation, deux sorties enthousiasmantes par deux piliers du label montréalais :
Prince of Thruth de Carla Bozulich/Evangelista, pour le 5 Octobre













At The Cut
de Vic Chestnutt, pour le 21 Septembre








Au passage, n’oubliez pas d’écouter les trois dernières formidables parutions du label : Clues, Land of Kush et Elfin Saddle.


Nouveau clip des Fiery Furnaces : le boogie-woogie Charmaigne Champagne, tiré de leur génial dernier album, I’m Going Away. Le duo de pop expérimental démontrent qu’ils savent faire des chansons accessibles, toutes aussi passionnantes que leurs travaux les plus compliqués :



Enfin le duo Fuck Buttons, auteur du mémorable album de drone électronique planant Street Horrrsing, a dévoilé la sortie de Tarot Sport pour le 12 octobre prochain.


En bonus, une info un peu datée : un extrait du prochain album solo de Tyondai Braxton (guitares/claviers/voix de Battles) !

Cela ressemble fortement à du Battles orchestral et symphonique, ou, au choix, à une version avant-gardiste d’un générique de Tex Avery.

François.

dimanche 7 septembre 2008

[Tourne Disque] : Sonic Youth - SYR 7 / SYR 8






Sonic Youth - SYR 7 : J'Accuse Ted Hughes / Agnès B. Music

Label : SYR
Sortie : 22 Avril 2008
4/5





Sonic Youth - SYR 8 : Andre Sider Af Sonic Youth
Label : SYR
Sortie : 28 Juillet 2008
4/5


C'était en 1983, Sonic Youth venait de sortir son formidable premier album, Confusion Is Sex, et Jim O'Rourke - un jeune homme qui écoutait du John Cage à l'époque - a un ami qui lui dit "hé, Jim, toi qui aime les trucs bruyants, écoute ça, Sonic Youth, c'est super noisy, ça va te plaire". Peu de temps après avoir écouté l'album, Jim revoit son ami, lui rend l'album en lui disant d'un ton snob "Ça? Mais c'est PAS NOISY! Il faudrait que ce soit plus noisy que ça pour que j'aime!". En 2000, Jim O'Rourke intégrait Sonic Youth pour 5 ans après avoir participé depuis quelques années à des enregistrements expérimentaux avec le groupe.

Il y a toujours eu deux Sonic Youth. Un Sonic Youth qui écrivait des morceaux comme Teenage Riot, voir 100%. Un autre (noisy donc!) qui faisait des larsens interminables, qui collaborait avec des pointures de la noise music, qui sortait des albums d'improvisations sur des labels indépendants. Si les deux ont toujours été intimement liés, il y a eu des moments ou chaque s'est exprimé séparément, et c'est au sein des Sonic Youth Recordings (les SYR) que les plus importants moments d'expérimentations se sont joués. Depuis 1997, cette collection nous propose des enregistrements souvent instrumentaux de longues compositions et improvisations assez complexes et exigeantes. Et, cette année, ce sont deux additions qui ont rejoint ce court mais riche catalogue. Attention, ne nous méprenons pas et ne pensons pas que c'est un retour de Sonic Youth vers l'experimentation brute après le très pop Rather Ripped en 2006, ces enregistrements ayant de 3 à 8 ans. Il faut plutôt les voir comme des témoignages d'un passion pour l'expérimentation que corroborent les nombreux albums solos bruyants de chacun des membres du groupe.

Le SYR7 est peut être le meilleur de la série et il présente une période extrêmement créative et aventureuse du groupe, même si on conviendra sans mal que cet album est moins extrème que d'autres dans la collection (je pense particulièrement au SYR 4 qui était consacré à des reprises de musique classique dite contemporaine). Extrêmement brutal et dissonant sans pour autant tomber dans le pur ramassis de bruit sans but, il est composé d'un morceau live improvisé datant de 2000 qui a ouvert leur concert au festival All Tomorrows Parties (avant qu'ils se lancent pour le reste du concert dans des morceaux parfois encore instrumentaux de leur album NYC Ghosts & Flowers qui n'était pas encore sorti, autant dire que le concert n'a pas fait l'unanimité) et d'un jam assez calme, voir même quasiment ambiant datant de 2003 fait pour une créatrice de mode assez connue, pour ne pas citer agnès b, et qui rappelle les meilleurs moments du fantomatique et complèxe A Thousand Leaves.

Ces deux enregistrements sont donc en cela des compléments essentiels à l'écoute des brillants albums de Sonic Youth de cette période "expérimentale froide" (pourrait on dire un peu maladroitement) allant de, disons, 1995 à 2000. Il faut entendre l'immense J'Accuse Ted Hughes pour comprendre, avec ses 20 minutes infâmes et poisseuses, morceau bordélique à souhait avec une Kim Gordon absolument parfaite de bout en bout crachant à tout va d'étranges "i will fuck you/you're a poet" pendant que Thurston et Lee massacrent leurs guitares pour créer un lourd drone extrêmement prenant Aucun temps mort pendant le morceau, la tension est continue et ne retombe jamais. Le tout garde une vitalité incroyable et une puissance à couper le souffle et compte sans aucun doute comme l'un des moments improvisés les plus brillants que Sonic Youth a jamais fait parmi ceux qu'un enregistrement a permis d'immortaliser, évidemment. Rien que pour ce morceau, le SYR 7 est un album important dont l'écoute se relève être, pour quiconque est amateur de déflagrations soniques de qualité, un plaisir immense.

Mais la suite est tout aussi colossale dans le SYR8. Il faut pourtant toujours se méfier des bons castings. Surtout en musique noise. La rencontre de gens prestigieux fait souvent croire à des collaborations extrêmement fructueuses et des improvisations de haut vols. Sauf que, souvent, on se retrouve avec des albums un peu boursouflés et vains. Autant dire qu'une rencontre sur scène qui impliquait le groupe légendaire Sonic Youth accompagné à l'époque du surdoué Jim O'Rourke et rejoint pour l'occasion par l'excellent saxophoniste free Mats Gustafsson et, surtout, le stakhanoviste déifié japonais Merzbow ne pouvait être que deux choses : un gâchis improbable ou une réussite brillante et bruyante.

Tant mieux pour nous, cette fois-ci c'est réussi et ce live joué au festival de Roskilde (juste avant une prestation de Black Sabbath, qui ont du sonner comme de la bossa nova comparé à ça) se place tout à coté du SYR7 avec un long morceau de presque une heure extrêmement riche. Il n'y a au début que Kim Gordon, qui chante de sa voix rauque et Steve Shelley sur scène, et ils se lancent dans un morceau presque normal. Puis, rapidement, des membres se rajoutent, le morceau se déconstruit, Thurston et Lee arrivent sous des applaudissements, puis vient Jim O'Rourke un peu plus tard. Cela donne la première partie du morceau, remplie de larsens et rythmée de temps à autre par le jeu de batterie exceptionnel d'un Steve Shelley, dont on ne rappelle jamais assez le rôle clé au sein du groupe. Les guitares forment des murs de sons inouïs, un marécage sonique formidable, où aucune guitare ne prend le dessus et rappelle en cela les premiers SYR, une espèce de musique ambiant hardcore nourrie des sonorités si uniques de Sonic Youth. Mais c'est quand arrive Mats Gustafsson que tout démarre réellement. Dès la première note, il apporte à l'ensemble une tension fascinante : son saxophone hurle à la mort et semble se débattre. La batterie frappe de plus en plus fort sur les cymbales pour former un bruit continu, quand soudain, dans le fond, on entend des couches de parasites. Merzbow est entré sur scène et commence à lancer, depuis son ordinateur, les sons électroniques sur-aigus et bruyants qu'il maltraite depuis plus de vingt ans, à un rythme de quatre albums par an minimum.

Et c'est à ce moment là, au juste milieu de l'album, quand ils sont absolument tous sur scène que l'on atteint la quintessence du morceau. Il serait impossible de décrire par des mots l'implacable beauté convulsive qui se dégage de cet instant où tout les musiciens font ensemble un raffut impeccable. Tout n'est que tonnerre, tout n'est que jouissance, et Kim Gordon hurle et souffle dans un trombone au milieu de tout ça, impériale, brute, déesse du bruit au milieu des plus beaux sons du monde. La magie de cet instant là, c'est ce qu'il manque la plus part du temps à ce type d'albums. Mais ici, cette magie est là et elle se prolonge, même quand Kim Gordon et Steve Shelley quittent la scène pour laisser s'affronter dans un duel à mort les autres. Ils tombent tous un à un et leurs silences sont comblés par ceux qui restent, et qui du même coup redouble d'efforts. Ils ne sont plus que trois à la fin : Jim qui maltraite les sons les plus aigus possibles sur sa guitare, Mats qui souffle comme si sa vie en dépendait avec un virtuosité totale, et Merzbow, monstreux et stoïque au milieu de tout cela, qui lance des couches de bruits étouffantes, et qui restera seul à la fin, pour quatre dernières minutes, lente décélération chaotique après une heure d'assauts sans fins. Applaudissements.

Pour ceux qui n'avaient toujours pas compris que Sonic Youth sont les maîtres du noise rock, voici donc des rappels salutaires et jouissifs qui, mine de rien, enterrent pas mal de groupes de noise rock récents qui n'arrivent pas du tout à trouver la même fougue, la même vie, le même coté violent mais pas imperméable dans les couches de larsens ; voila enfin du noise rock qu'on a envie d'écouter plusieurs fois, si si, prenez en de la graine bruiteurs ennuyeux qui sortez 4 cassettes homemade nulles par an.

Emilien.

www.myspace.com/sonicyouth
Lien Vidéo de l'album :
Il y a quelques liens Youtube qui trainent pour montrer de courtes séquences du live qui constitue le SYR8, mais la meilleure vidéo a été postée par le groupe lui même sur son site, et il propose de la télécharger. Voici le lien direct. On y voit Thurston Moore faire des choses bizarres, puis Jim O'Rourke remuer un cable pour faire du bruit pendant que Mats souffle en boucle (n'oublions pas que la noise music, c'est aussi des performances physiques souvent). La vidéo se termine par Merzbow, stoïque et seul, dans les 4 dernières minutes du concert, avant que Thurston vienne remercier le public.
http://sonicyouth.edgeboss.net/download/sonicyouth/mainpagevids/othersides.mp4