dimanche 13 juillet 2008

[Tourne Disque] : Women - Women

Label : Flemish Eye
Sortie : 8 Juillet 2008
1/5







La musique est, de base, une chose inutile. Au sens "n'est pas une chose vitale". On peut très bien vivre sans musique (ou, au pire, avec peu de musique) et c'est d'ailleurs quelque chose de très moderne que d'en écouter tout le temps. A l'origine, de toute façon, l'art est inutile, c'est à cela qu'on le reconnaît. Ainsi, dire qu'un album est inutile, c'est absurde, ça ne le différencie en rien de tout autre album rempli de musique inutile. Cependant, permettez moi ici de faire un abus de langage, et de prendre pour base hypothétique le fait qu'un album peut servir un petit peu à quelque chose, qu'il doit donner un certain plaisir à l'auditeur, et pour cela, doit offrir une musique "intéressante", que ce soit du point de vue de l'originalité, de l'efficacité, ou de quoi que cela soit. Une musique qui permet de dire à la fin "ah, j'ai pas perdu mon temps". Partant de là, je peux en revenir à l'affirmation qui m'intéresse : l'album Women du groupe éponyme est un album totalement, tendrement, tragiquement inutile.

Le jugement est peut être un peu dur, mais c'est le seul terme qui me soit venu après plusieurs écoutes très vides de ce premier album qui manque tout ses effets, toutes ses tentatives, tout ses morceaux. Cet album est profondément inutile car il échoue à tout les niveaux. Déjà sur la question de l'originalité. Ces types là ont clairement une discographie d'un goût exquis chez eux, ils ont du noise rock, de la pop, de l'expérimental sur leur iPod, ils sont ouverts et ils aiment bien les groupes un peu bizarres, ils ont tripés en live sur du Animal Collective, ils ont un tee-shirt bleu washing machine, ils faisaient du larsen à 15 ans. Bref, quel bonheur, on a un album de types malins, de mecs vraiment intelligents, c'est comme avoir France Culture dans sa voiture, on a moins l'impression qu'on conduit une voiture. Sauf que voilà, cet album est la nouvelle preuve - s'il nous en fallait une - que des gars super malins et avec qui on pourrait discuter pendant des heures à propos de la discographie de Sonic Youth ne sont pas forcement synonymes de types pouvant faire des albums réussis, bien au contraire. Women est un album qui se noie dans ses influences d'une manière assez terrible, en tentant tout au long de l'album de ressortir tout les gimmicks possibles de l'album pseudo-expérimental que nos musiciens connaissent par cœur. C'est un véritable catalogue : on a les batteries un peu primales qui tapent fort et en boucle, on a les voix pas très justes noyées dans l'écho pour se prendre pour Liars pompant This Heat, on a un morceau ambiant pour montrer qu'on peux aussi faire des trucs vraiment difficile même si on fait durer le morceau que 3 minutes (Woodbine, exercice complètement raté), on a des passages ultra noise pour montrer qu'on a peur de rien et qu'on sait faire grésiller un enregistrement, on a des guitares qui sonnent désaccordées comme celles du temps de la No Wave (January 8th), on a un morceau avec plein de notes pour montrer qu'on sait jouer de la guitare (Sag Harbor Bridge), cet album est donc une immense masturbation musicale, plein de tentatives d'être original qui ont toutes été déjà faites de manière beaucoup plus réussie par plein d'autres groupes bien meilleurs il y a pas mal de temps. Parfois, on cherche à mettre des passages pop pour être aussi surprenant que Wire en 1978, mais c'est raté, l'effet tombe à plat. Finalement, sur cet album, il manque uniquement des samples de gens qui parlent pour faire musique concrète et un morceau shoegaze, des trucs que les autres groupes nuls du même genre font aussi, mais je présume que c'est pour le prochain album.

L'autre échec de cet album, c'est aussi celui d'intéresser l'auditeur. A force de se complaire dans sa position de groupe crâneur mais gentil, on finit par bailler sans fin à l'écoute des pourtant courtes 30 minutes de l'album. Les morceaux sont soit beaucoup trop baclés (faire durer le Cameras d'intro sur 1 minutes semble vouloir dire "hé! hé!regardez! on enchaîne les morceaux comme ça nous! on est trop fort! vite! hop! hop hop!"), soit beaucoup trop longs (les 4 minutes du risible Upstairs qui tente de se finir sur une ambiance bizarre avec violons bizarres qui font des bruits bizarres, oui, pourquoi pas, et si vous aviez eu un saxophoniste sous la main, vous auriez aussi fait du free jazz c'est ça?). Et même quand on tombe sur des passages pas spécialement mauvais, on a surtout envie de rire ou d'écouter les orignaux. Il faut entendre le groupe se prendre pour les Beach Boys sur Black Rice, avec les même harmonies vocales, les mêmes vibraphones. Oui, c'est bien les garçons, vous n'apportez rien, c'est sympa. Mais là où le bas blesse, c'est que le morceau n'est pas un tube, n'est pas un grand morceau, n'a pas un refrain génial et finalement reste un morceau de plus sur un album de plus qu'on aura oublié bien vite. Le final de Shaking Hands est réussi aussi, mais en ce qui me concerne, c'est drôle, j'ai des amis qui m'ont fait écouter un morceau à eux l'autre jour qui finissait de la même façon, avec deux accords majeurs, des guitares qui gratouillent dans l'aigu et une batterie qui tape, le tout ad lib. Tout ce qui est raté ennuie à mourir et existe déjà. Tout ce qui est un peu réussi n'est pas marquant et existe déjà. Cet album est un genre de ready-made, sauf que les types font ça après Marcel Duchamp et après des types qui ont copiés Marcel Duchamp.

On se retrouve avec quoi au final? Et bien l'album le plus inutile de l'année, qui n'invente rien, ne trouve rien, un espèce de trou noir musical, un collection de sons qui vont dans tout les sens sans qu'on ait l'impression d'entendre des morceaux, comme si ce groupe ne savait pas vraiment ce qu'il faisait, qu'il cherchait où se placer, en faisant le tout avec un manque cruel de vie. Un groupe qui a sorti un album alors qu'il aurait pu tout aussi bien jeter l'ensemble à la poubelle. L'année dernière, l'album de Deerhunter pouvait déjà donner cette impression. Ici, c'est encore plus pauvre. C'est un peu comme si Women pompait Deerhunter qui pompe Liars qui s'inspire d'autres groupes. Un peu comme une grande famille consanguine du noise rock dont, à chaque génération, la progéniture est de plus en plus dégénérée. Et finalement, le plus terrifiant, c'est de se dire que, quelque part dans le monde, une bande de types va écouter l'album de Women, se dire qu'il est génial, et va former un groupe qui pompera Women, pour produire un album encore plus inintéressant que celui là.

Emilien

Pour les masochistes qui veulent subir ce groupe : http://myspace.com/womenmusic
Lien vidéo de l'album (non, ne me remerciez pas) :
Une version live (et encore plus molle que l'originale, ce qui est un comble) du morceau Black Rice :

mercredi 9 juillet 2008

[Tourne Disque] : Ratatat - LP3

Label : XL Recordings

Sortie : 8 Juillet 2008

4/5

















Le groupe Ratatat est l’incarnation parfaite du groupe d’électro-rock mutant, qui préfère se tourner vers le futur plutôt que de s’asseoir sur les bases du passé. En effet, Mike Stroud et Evan Mast ne semblent pas évoluer sur notre même planète, où règne l’influence électronique et disco des années 80 (des Klaxons à Sébastien Tellier, en passant par Calvin Harris), et où le rock a effectué son imposant revival au début des années 2000. Ils préfèrent se détacher de cet environnement recyclé, et composer leur savant mélange en autarcie.



Entièrement instrumentale (à part sur un morceau), leur musique est tellement étoffée et étincelante qu’à aucun moment l’idée de l’absence de vocalises ne nous traverse l’esprit. Leurs compositions se suffisent à elle-même, et la guitare peut presque être considérée un instrument électrique humanisé, chantant au dessus des synthétiseurs stellaires et des arrangements électroniques. Le guitariste y injecte durant tout l’album de courts phrasés mélodieux ressemblants à des mini-solos de guitares en boucles, faits d’une multitude d’arpèges claires et précises. Entre l’intelligente construction des beats (claquants mais jamais trop lourds, suffisamment variés), la recherche apportée aux sonorités des synthétiseurs et l’inspiration de la guitare, ce fin dosage donne à ces morceaux minutieux l’allure de petites symphonies électro pop solaires, définitivement à part.



LP3 n’est pas non plus révolutionnaire, car dans la lignée des deux précédents disques (Ratatat et Classics), mais on sent un effort de diversification dans l’abondance de nouvelles textures (par l’apport du Mellotron et du Wurlitzer) et l’exotisme de certains rythmes (Flynn : un surprenant interlude avec des choeurs aériens sur une rythmique reggae nous permet de revenir sur terre deux minutes ; un assaut de vrais percussions sur Mi Viejo). On espère seulement que dans l’avenir Ratatat saura se renouveler complètement et exploser de façon encore plus radicale les frontières entre le rock et les musiques électroniques. Cependant cette exigence semble alors mineure face aux degrés quasi infinis d’écoutes que nous offre cet étonnant rubik’s cube musical.



François.
www.myspace.com/ratatatmusic

Extrait vidéo de l'album :


Ratatat - Mirando

dimanche 6 juillet 2008

[Tourne Disque] : Beck - Modern Guilt

Label : XL Recordings
Sortie : 7 Juillet 2008
3/5








Beck est un type fini. il a 38 ans, deux enfants, et ça fait 12 ans qu'il tente de faire mieux que son album culte Odelay, en échouant à chaque fois avec plus ou moins de dépit. Il a pourtant essayé de faire autre chose ; il a pompé Gainsbourg et Nick Drake sur Sea Changes, il a essayé d'être cool dans Midnite Vulture. Manqué. Il a pourtant essayé aussi de faire un peu la même chose qu'avant dans ses deux derniers albums. Rien de mémorable. Personne ne lui a dit qu'il ratait son coup à chaque fois, d'ailleurs ces albums n'étaient pas tous mauvais (au contraire), mais tout le monde se rendait bien compte que chaque nouvel essai était de plus en plus juste un de plus dans une discographie qui s'éloignait inexorablement du génie des premiers temps. Et puis soudain, le temps passe, et nous voilà déjà en 2008 et voilà que sort le huitième album de Beck, Modern Guilt, un album que personne n'attend, qui ne suscite aucune impatience, un album dont on se fout un peu en fait, produit par Danger Mouse qui produit n'importe qui, et avec Chan Marshall, fraîchement convertie en country girl qui fait bailler tout le monde, venue faire des choeurs qu'on entend même pas sur deux morceaux.

Je l'ai écouté attentivement cet album, en partant même d'un bon à-priori car je trouvais la pochette façon 60's assez classe. Mais après une première écoute bien sérieuse, j'étais incapable de dire si c'était moi qui avait écouté l'album ou si ce n'était pas plutôt l'album qui m'avait écouté tant celui-ci était timide, pas bruyant, gentiment mou, avec autant de goût que de l'eau plate. On sortait de ces très courtes 34 minutes en se demandant "oui et alors?", on ne voyait pas vraiment où Beck voulait en venir, on avait là une collection de 10 chansons peu mémorables, avec l'absence de tout ce qui pourrait ressembler à un tube de près ou de loin, on avait une énorme sensation de vide. Les chansons de Beck n'ont jamais tenues sur grand chose, mais on ne s'en rendait jamais vraiment compte. Ici, avec une réverbération peu avantageuse, voir même des samples mal gérés car trop évidents sur Gamma Ray, on entend le vide des chansons et on a l'impression d'une sobriété presque gênante venue d'un type qui faisait des albums foutraques et débordants d'idées. Comme s'il avait décidé de ne plus rien prouver, de ne plus rien essayer, Beck semble effectivement sonner pour l'une des premières fois de sa carrière plus comme d'autres personnes que comme lui même, il n'invente plus rien, il se laisse aller, il fait de la musique néo-shuffle-60's (le morceau titre), il fait des machins pseudo-expérimentaux façon Four Tet/Radiohead qui tombent à l'eau (Replica, pire morceau de l'album), il fait le cowboy stoner un peu caricatural (Soul Of A Man) ou bien il se prend pour Elliott Smith dans le Volcano final qui pâti d'arrangements peu inspirés.

Alors quoi? Assiste-on à une grosse fatigue déprimé de la part de l'ex-petit génie pop? Ou bien n'a on pas tout simplement là un album de transition? Il est intéressant de voir que Modern Guilt est le retour de Beck sur un label indépendant (XL Recordings, en dehors des USA), un fait qu'on aime bien -surtout nous autres qui écrivons des chroniques de disque- symboliser en un changement d'ère, le début d'un nouveau chapitre blah blah blah. Et, oui, vu comme ça, cet album n'est finalement pas le naufrage qu'il semble être au premier coup d'œil, se révélant être, après plusieurs écoutes, un album certes franchement bancal, mais finalement assez prometteur. Ayant besoin de refaire ses preuves après des années de paresse, le nouveau Beck qui revient, peut être plus mature et sérieux, peut être moins branleur, est en tout cas un musicien qui a changé, qui est devenu étrangement sombre, qui a évolué (un petit peu), et si cet album reste franchement inégal, il contient des morceaux qu'on pourrait même qualifier de brillants comme Chemtrails, étrange morceau lent au refrain hanté très prenant et au final complètement génial. D'une manière tout à fait inattendue, il parvient même à convaincre quand il offre des versions de quarantenaire (comprendre molles) de ses anciens morceaux (Orphans, ouverture manquant de pêche mais qui reste en tête malgré tout), restant le type cool qu'il a toujours été au fond, pour peu qu'on ne veuille pas à tout prix y chercher un nouveau Devil's Haircut. Derrière lui, la production de Danger Mouse est sobre, et se fond bien dans un coté néo-retro-moderne de type qui a la gueule de bois pas désagréable, donnant aux morceaux une couleur agréable et un coté familier.

On se retrouve avec un album bizarre au final, ne souffrant pas du coté trop long qui achevait ses précédents albums, mais n'ayant pas vraiment le temps de décoller. A mi-chemin entre une platitude du songwriting qui inquiète un peu, et une habilité à toujours réussir à faire d'excellents morceaux malgré tout, ce nouvel album est donc à voir alternativement comme un coup de pelle en plus du bonhomme pour s'enterrer et une large brasse pour essayer de remonter à la surface. Un album qui ne décide donc en rien du sort de Beck, mais qui est toujours meilleur que l'affligeant The Information que nous avions dû subir il y a deux ans. Envahi subitement d'une vague de bonté et de positivisme naïf à l'écoute de cette gentille tentative, comme un prof qui voit un élève en difficulté faire des efforts, le message qu'on aurait envie de transmettre au héros déchu des 90's est scolaire et simple : "Des résultats encore trop justes mais encourageants. Continuez comme ça".

Emilien.

un lien? oui s'il vous plait : http://www.myspace.com/beck
Extrait vidéo de l'album :
En l'absence de tout clip pour l'instant pour le premier single Chemtrails, autant se consoler avec ce collage étrange d'une vielle vidéo psychédélique sur la chanson Gamma Ray :

dimanche 29 juin 2008

[Tourne Disque] : The Shortwave Set - Replica Sun Machine

Label : Wall of Sound
Sortie : 5 Mai 2008
4/5








En musique, tout a été déjà fait. On invente plus rien. On modernise des trucs anciens, les cycles de répétitions de choses déjà faites sont de plus en plus courts (préparez vous, ça va bientôt être le revival grunge au rythme où ça va), on pompe des groupes qui sont même pas morts, tout se mélange en un grand fracas fatiguant, avec un air de pas y toucher, "ah non non, on essaye pas du tout de ressembler à untel, on est VRAIMENT originaux vous savez!". Alors forcement, quand un groupe sort un album de chansons pop à l'ancienne qui ne veut rien inventer du tout et qui le montre clairement, l'auditeur moderne et blasé (pléonasme) a l'impression qu'on se fout de lui, qu'on est trop honnête pour ne pas attiser la suspicion et il ouvre grand la bouche pour se préparer à bailler.

Car oui, ce deuxième album du groupe The Shortwave Set, Replica Sun Machine, est un album qui avoue tout dès le début, qui se rend sans conditions, qui n'essaye même pas de faire croire qu'il est autre chose qu'une collection de chansons efficaces et de refrains accrocheurs inspirés par des groupes déjà pillés jusqu'à la moelle. Oui, House Of Lies est un morceau qui ressemble trait pour trait à du John Lennon, et au cas où vous n'auriez pas compris la parenté, le groupe n'hésite pas à copier les idées de Phil Spector à l'époque d'Imagine, et le chanteur de se lancer dans une imitation assez troublante de la voix du défunt avec le même effet d'écho sur son chant. Oui, No Social est le tube de l'album avec un production néo-60's ultra clichée et le refrain, déjà d'une efficacité juste impossible, est chanté par tout le groupe en chœur façon grosse brit-pop quasi-surannée. Oui et? Il y a pas de mal à collectionner des choses clichés mais qui fonctionnent, tout le monde fait ça : un chant partagé entre un garçon qui aurait voulu vivre dans les 60's et une fille suédoise qui se prend pour Nico, qui se rejoignent sur les refrains, des claps, des suites d'accords déjà entendues des milliers de fois, des chansons un peu lentes avec un coté très psychédélique et mignon, des structures couplet-refrain etc, les aigris peuvent et vont grogner. Mais ce qui est formidable ici, c'est que nos trois gentils musiciens ont fait exactement l'inverse de pas mal de groupes récents qui se targuent d'être originaux : ils n'ont pas oubliés d'écrire des morceaux - ils en écrivent de bons, parfois même d'excellents! - et ils en ont composés sur toute la longueur de l'album.

Il faut dire que le groupe n'était pas non plus accompagnés par n'importe qui. A la production, un Danger Mouse (qu'on a déjà entendu chez Gorillaz par exemple) totalement fan du groupe qui offre un son bariolé et riche d'une propreté clinique qui sied bien à ces morceaux qui versent plus dans le classicisme que dans l'avant-garde de toute façon. Venu faire quelques drones et jouer du violon, on trouve aussi le légendaire John Cale du Velvet Underground. Et puis surtout, il y a le génie méconnu Van Dyke Parks, un des plus grands arrangeurs au monde, qui couvre quatre morceaux de ses violons merveilleux et de ses orchestrations d'une richesse folle. Le groupe aurait clairement mérité la lapidation si ils avaient fait n'importe quoi avec des gens comme ça. Mais non, c'est un album qui tient toutes ses modestes promesses, celle de faire un album efficace mais qui ne sous-estime pas l'auditeur, dont le spectre des influences va de Abba jusqu'à Bowie en passant par la pop française (comprendre Gainsbourg mais aussi Air), un album lumineux, un peu rêveur mais jamais fatiguant, et qui se révèle être finalement de très bonne facture, à la fois familier et rafraichissant.

Ah non, bien sur, ce n'est pas l'album du siècle, mais en attendant le prochain chef d'œuvre intemporel qui changera la face du monde et rentrera dans l'histoire de la musique, vous m'excuserez mais je me trémousserais tout l'été sur Now Til '69 avec joie.

Emilien.

www.myspace.com/theshortwaveset
Extrait vidéo de l'album :
Le clip coloré de No Social, premier single formidable qui pourrait bien faire votre été.

jeudi 26 juin 2008

[Tourne Disque] : Man Man - Rabbit Habits

Label : Anti Records
Sortie : 8 Avril 2008
5/5









Imaginez ; vous entrez dans un vieux honky tonk. Vous êtes en retard. Ce soir un concert de jazz/pop est donné. C’est « Man Man » qui joue. Vous vous attendiez à quelque chose de bien sage assis sur votre chaise, mais au centre de la salle des gens semblent s’agiter. Vous enlevez votre trois-quarts, vous crevez de chaud.

Il y a de tout, des vieilles dondonnes aux dents pétés se faisant malmenées par des jeunes en bicolors, des messieurs trop vieux pour abandonner leur canne, des jeunettes à lunettes attendant qu’un jeune impétueux vienne les sortir de leur trépignement. Mais une chose vous attire ; le fond de la salle. D’abord le chanteur, Honus Honus. Ca gueule de partout, c’est criard, coloré. On n'y pige rien. Que des onomatopées, pulsées par sa voix de vieux clébard. Captain Beefheart revisité. Puis, des saxos de charmeur de serpent, une batterie de 100 tomes et 50 cymbales, des guitares à 24 cordes et d’autres instruments encore inconnus.

Rabbit Habbits me fait l’effet d’un patchwork, une sorte d’arlequin bancale s’amusant ça et là à balancer ses bras, sa trompette, sa folie. On y verrait Dieu Zappa ressuscité ; ambiance délurée, public sur scène, les musiciens dans la fosse, on ne distingue plus rien. Un immense kaléidoscope devant nous. Plus aucune cohérence, tout vient et part aussi vite que s’enchainent les morceaux. Puis, au bout de la deuxième écoute, commence à émerger l’idée de l’album. Le mélange. Une espèce de gloubiboulga parfaitement dosé. Je pense à Chat Noir/Chat Blanc de Kusturica. On imagine alors les vielles opulentes retirant un clou d’une poutre avec leur trouduc’, des vieux dégueulasses sur lesquels trônent des jeunes naïades peroxydées aux dents serties d’or, des mac’ en survêt Adidas vert/violet et chaussures de ville.

Ca continue de partir en vrille. Les horns s’amoncèlent sur Poor Jackie, la batterie lui martèle le corps, le synthé lui tire dans les oreilles ; elle succombe. La basse sonne le glas. Puis tout fou le camp, le violoniste arrache les cordes de son instrument, les cuivres vomissent dans leur calice et tout le monde se casse. Sur Whalebones « Man Man » se calme, se pose ; la batterie mesure, le piano suit, le banjo ponctue, la guitare égraine, le mélodica accompagne, le baryton sax raconte et le chanteur décrit. On hume alors les fumées de cette délicieuse ambiance jazzy façon tripot manouche. On commande un « on the rocks », on va pisser un coup et on repousse le bouton « play » de notre mange-disque.

Christopher.

http://www.myspace.com/wearemanman
Extrait vidéo de l'album :
Man Man - Mister Jung Stuffed


vendredi 13 juin 2008

[Tourne Disque] : Sigur Rós - Með suð í eyrum við spilum endalaust

Label : EMI, XL Recordings
Sortie : 23 Juin 2008
3/5







Le nouvel album de Sigur Rós est un leurre. La plupart de ceux qui connaissent le groupe, et même leurs plus grands admirateurs, commencent à être lassés, voire fatigués, de leurs longues plages brumeuses et rêveuses. Et Með suð í eyrum við spilum endalaust est justement censé marquer un tournant dans la carrière du groupe, vers une musique plus dynamique et pop (un changement lourdement appuyée par la pochette de l’album et le clip du single).

A l'écoute du premier morceau à l'énergie enthousiasmante, on se dit que Sigur Rós, flirtant avec le tribalisme pop d'Animal Collective et chargeant à l'extrême ses percussions, s'est bel et bien réveillé. En réalité, on est vite déçu, car la suite de l’album ne s’aligne pas avec l’envolée gentiment freak folk de Gobbledigook, à part trois ou quatre autres morceaux faiblards qui passent facilement inaperçus. Pour le reste, il faudra se contenter de la recette habituelle du groupe, c'est-à-dire une musique intimiste, pieuse, au lyrisme abondant, et ce sur toute la deuxième moitié de l’album : le contraire de ce que l’on attendait de ce disque.

Néanmoins, il serait dommage de se bloquer sur cette désillusion, car il faudrait vraiment avoir un cœur de pierre pour ne pas être touché par Festival et Ára bátur, les deux compositions les plus réussies. Paradoxalement, ce sont ces deux morceaux, les plus longs de l'album, et évoluants clairement sur un schéma Post Rock déjà bien connu (début calme et reposé, suivi d’une montée progressive et épique), qui ont encore un vrai pouvoir de séduction : cet orgue enveloppant et cette voix angélique d’une beauté tétanisante ferait méditer toute l’assemblée d’une église.

François.

http://www.myspace.com/sigurros
Extrait vidéo de l'album:
Sigur Rós - Gobbledigook

vendredi 30 mai 2008

[Tourne Disque] : Fuck Buttons - Street Horrrsing

Label: ATP Recordings
Sortie:
17 Mars 2008
4/5







Il est parfois possible de trouver des étrangetés rebutantes au premier abord, mais dont finalement les effets peuvent agir de façon bienfaitrice sur nos émotions. Imaginez les plages ambiantes de Boards Of Canada, brassées avec le primitivisme des musiques japonaises (appelées Japanoise), mais qui serait ici composé et programmé.

La musique contemplative des Fuck Buttons nous envahit par de grandes coulées de lave électroniques compressées en formes de drones, se déversant sur des beats tribaux et des claviers planants très Floydiens. Plus loin, sans nous avertir, vont se superposer de longs screams inouïs et cacophoniques, qui au bout d’un moment ont presque un effet hypnotisant.

La matière à admirer dans ce disque est dense et profonde, et une fois pris dans le tourbillon, on voudrait que ces 6 morceaux relativement longs (entre 8 et 10 minutes) se continuent sans fin jusqu’à ce que l’on soit pris dans une sorte de somnolence à la fois calme et perturbée.

Premier album impressionnant pour ce duo de Bristol, dont on sait déjà qu’ils feront longue date dans le milieu de la musique électronique expérimentale, car Street Horrrsing est tout sauf une musique qu’on peut oublier. Et après 45 minutes passées à écouter cette apocalypse distordue, on a compris une chose : le bruit peut avoir des vertus relaxantes.

François.


http://www.myspace.com/fuckbuttons
Extrait vidéo de l'album:
Fuck Buttons - Okay, Let's Talk About Magic

mardi 13 mai 2008

[Tourne Disque] : Portishead - Third

Label: Island Records
Sortie: 28 Avril 2008

5/5








Après 10 ans d’absence, le groupe culte des années 90 nous rassure : Portishead est tout aussi indispensable en 2008, avec un retour qui se justifie pleinement, et qui semble alors vital. Ce disque est un miracle : hors du temps, hors des modes, et contre toute attente, Third a été accouché par un groupe entièrement métamorphosé par le temps et les remises en question.

Il ne faut pas s’attendre à retrouver un Portishead parodiant leurs deux premiers disques. Ils ont bien compris que le Trip Hop des années 90 est bien mort et enterré et que les auditeurs avides de nouveautés en sont définitivement lassés. Ne se reposant pas sur le succès de leurs précédents singles (Glory Box, Only You), ils nous offrent un disque d’une beauté noire monstrueuse, à l’architecture dantesque, porté par l’âme de Can et des Silver Apples (We Carry On). Le choc est aussi frontal que le Kid A avant-gardiste de Radiohead de 2000.

Le miracle Portishead nous apparait alors clairement : Third, n°2 des charts anglais, placé juste derrière le dernier disque lifté et R’n’B de Madonna, est un objet expérimental, aventureux, nourri de la transe répétitive du krautrock, des musiques industrielles, et des dissonances de Sonic Youth. Sans pour autant se laisser écraser par ces nouvelles influences, Portishead ne délaisse pas leur goût pour les atmosphères élégantes et raffinées, ici perverties de bout en bout par des lames de guitares métalliques (Hunter), un saxophone furieusement perturbant (Magic Doors) ou des boucles de claviers psychotiques (Small). Portishead n’a pas son pareil pour mixer le beau et l’étrange, l’émerveillement et l’angoisse, le confort et l’inconfort, le plus souvent dans un même morceau. Cette mutation donne un nouveau visage au groupe, aux traits plus fins, plus profonds aussi, magnifiés par l’âge.

L’apport créatif des trois musiciens n’a jamais été aussi équilibré : une triforce dont chaque membre parait indispensable ; Geoff Barrow avec ses rythmes hypnotiques, batteries martiales, et sons industriels ; Adrian Utley avec sa guitare noisy et tendue, ses synthés à consonances cosmiques ; et Beth Gibbons : un chant possédé, tour à tour rassurant, ou inquiétant, toujours captivant, sur des mélodies soul et plaintives.

Les compositions nous emmènent loin, peut être trop pour certains, pour nous mettre dans une situation d’inconfort jouissif. Car chaque chanson évolue avec l’idée de l’inattendue, sans jamais nous prévenir où cela va nous mener. Le début de The Rip nous place confortablement dans un salon à la lumière tamisée, au bord du feu (chant doux et jazzy, petites notes de guitare sèche), puis dès le milieu du morceau, on se sent brutalement projeté dans un long voyage psychédélique rappelant la fin de 2001 : L’odyssée de l’espace (déluge de notes électroniques en escalier). A l’écoute de ce disque diablement généreux, j’aimerais leur dire qu’on en demandait pas tant, d’un groupe qui n’était en l’occurrence voué à ne revenir que d’une façon inopportune.

Quand au single Machine Gun, agressif et lancinant, tiraillé entre le bruit contrôlé de Geoff Barrow et la mélodie harmonieuse de Beth Gibbons, il ne faut pas le voir comme un choix courageux voulant mener à un suicide commercial, mais bien comme la volonté de ne pas tromper les gens, par souci de cohérence, avec un morceau s’alignant avec la rigueur oppressante de l’album.

J’ai bien peur de me laisser aller dans un élan un peu grandiloquent en statuant Third de chef d’œuvre. Mais de tels disques, aussi évidents et imposants, sont aujourd’hui tellement rares, qu’on a le droit de s’enthousiasmer sans limites.

François.

http://www.myspace.com/PORTISHEADALBUM3
Extrait vidéo de l’album :

Portishead – We Carry On

mardi 6 mai 2008

[Tourne Disque] : Gonzales - Soft Power

Label : Mercury/Universal
Sortie : 7 Avril 2008
4/5








Producteur émérite, compositeur de génie. Gonzales n’a, semble t-il, plus rien à prouver. Soft Power était depuis longtemps attendu. Tout était annoncé, « Gonzales revient », « Gonzales va chanter », « Gonzales est un génie ». Force est de constater qu’il partait avec un gros capital confiance. Difficile néanmoins d’anticiper la chose tant « Chili Gonzales » aime prendre risques sur risques, changer de genre à chaque album, quitte à se casser la patte. Impossible de partir sans a priori. Avant qu’il soit dans notre platine, on savait déjà ce qu’il y aurait : du chant mielleux, des cœurs à la Bee-Gees, des nappes de piano funky et plein d’autres choses.

Le tout commence excellemment bien. Working Together et son intro entêtante est efficace, au bout d’un refrain on connaît la chanson par cœur, on se prend même au jeu en bougeant la tête. Slow Down étanche notre curiosité et vient confirmer toutes les rumeurs; les cœurs, les congas, les Hollywood strings, le chant, la batterie… tout y est. C’est avec un sentiment de joie qu’on s’apprête à aborder le reste de l’album.

Et bam, en pleine gueule le troisième titre change la donne. Ça commence par un piano, toujours avec Gonzo, puis par une batterie, mais le piano revient et on comprend que le reste de l’album ne sera pas aussi joyeux qu’escompté.

Il aura beau me dire en interview que j’ai trouvé ça triste parce que je l’ai cherchée cette foutue tristesse, il aura beau me parler de modes majeurs, des modes mineurs et des harmonies, Gonzales a berné tout le monde.

Et c’est peut-être ça sa force, ne pas aller là où on l’attend. Créer le fantasme, l’espoir, assouvir les pulsions de ses auditeurs et les frustrer comme pour mieux les avoir dans sa poche. Unrequited Love n’a rien de mielleux, du moins pour la partie hors chorus, c’est violent, le « Power » du « Soft », Gonzales aime les contraires.

On passera les titres suivants pour arriver au jouissif Let’s Ride. Plus 70’s tu crèves, plus pop il n’y a pas, plus caricatural non plus. L’auditeur est satisfait il a eu sa dose, il est alors prêt à entamer la suite sans crainte. Gonzales comme voulant rincer toutes les années 70 nous donne un C Major rappelant un Love’s in Need of Love Today de Stevie Wonder. Ah la belle époque !! Singing Something vient fermer la marche d’une manière assez incongrue. On sent la contradiction de cet album.

Et à l’issue des 10 titres c’est un peu ça qu’on ressent, une grosse frustration de n’en avoir pas eu assez et en même temps trop. On ne comprend pas où il voulait en venir, on voulait des 70’s, on les a mais on en veut encore. On s’attenait à du piano, il y en a mais un peu trop. Soft Power résume en lui même la démarche de Gonzales: prendre des risques quitte à déplaire, quitte à trop plaire. Gonzales réussi là où Sébastien Tellier (oui je m’acharne) a échoué : surprendre.

Christopher.

http://www.myspace.com/gonzpiration
Extrait vidéo de l’album :

Gonzales – Working Together

vendredi 25 avril 2008

[Tourne Disque] : Foals - Antidotes

Label : Transgressive Records
Sortie : 24 Mars 2008
2/5








Vous connaissez tous ces baby rockers de Paris (Naast, Plasticines, BB Brunes) qui miment leurs ainés (Rolling Stones, Ramones, Beatles) ? A l’écoute du premier album des Foals, on n’hésiterait pas à définir les membres de ce jeune groupe anglo-saxon comme étant des baby math rockers. Tous ces groupes ont le même symptôme : viser très haut, pour finalement ne rester inconsciemment que bien bas.

Les Foals se targuent donc de jouer une musique aussi réactive et inventive que le math rock de Battles (impossible de ne pas penser à ce référent), avec leur déferlement de notes de guitares claires en circonvolution soi disant alambiqués, et leur batterie frénétique et tordue. Mais ils n’ont ni l’essence, ni la maitrise de leurs ainées de New York et de Chicago.

En plus de viser cette dynamique, ils y apportent une touche post-punk de meilleur goût : on songe sans cesse au chant impassible de Robert Smith, ou à certaines ambiances froides de Joy Division. Ils sont bien gentils, mais à force de mélanger les styles et les influences, on a du mal à y voir une quelconque identité propre.

Foals a donc bien appris ses leçons et ses références, et nous délivre une belle copie méritant à coup sûr le 15/20 : c’est assez efficace, ils ont des habilités techniques plus hautes que la moyenne (pour un groupe hype disons), font preuve d’une certaine audace, essaient d’innover, mais finalement le tout reste très scolaire. Ils restent à la surface. Par leur côté trop calculateur, tous leurs efforts ne se mutent alors à nos yeux qu’en prétentions superflues et démonstratives (comme ce saxophone inutile qui n'est là que pour en rajouter une couche).

Pour couronner le tout, ils n’hésitent pas dans les interviews à citer Steve Reich et Godspeed You Black Emperor (whoaaah, les spécialistes !), mais aussi Gwen Stephani et Kylie Minogue (car il ne faut pas déconner, « on ne veut pas passer pour des vaniteux, on écoute également des trucs super populaires vous savez »). Cela en dit long sur la facette quelque peu malhonnête des bonshommes. Mais si on aime Bloc Party (car finalement Foals n'est qu'un clône plus cultivé et habile de ce groupe), il ne faut pas se priver de se déhancher sur Balloons, morceau accrocheur, mais nous laissant toujours ce petit arrière goût fade et persistant.

François.

http://www.myspace.com/foals
Extrait vidéo de l’album

Foals – Balloons