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mercredi 5 août 2009

[C'était mieux avant !] : Can #3 - Tago Mago (1971)




On arrive à leur première œuvre la plus totale : Tago Mago, la bible du rock psychédélique et expérimental. Ce double album est leur plus extrême, mais aussi le plus souvent cité en référence. Les pépites Krautrock de la première moitié vont faire figure de modèle du genre. Sur une obstination répétitive increvable, les compositions élastiques (accélérations rythmiques, belle mélodie introductive menant à des chuchotements narcotiques sur Paperhouse) démontrent l’aptitude de Can à mettre en avant l’imprévisible. Le groupe créé aussi une des lignes de basses les plus mémorables sur Oh Yeah, nouveau morceau ovni, quelque part entre les étoiles (le clavier planant) et les bas fonds ténébreux (chant passé à l’envers, batterie disciplinaire d’une précision inhumaine). Hallelluyah clôture cette première face de sa gigantesque fête tribale et futuriste de 18 minutes.

La deuxième partie se concentre sur l’expérimentation pure, avec Augmn et Peking O. Est-ce que cela doit se traduire par un ennui abrutissant ? Non, leurs créations formalistes ressemblent plutôt à des jeux cérébraux délirants, préfigurant les usages des samples dans les musiques électroniques. En effet, Holger Czukay prend le meilleur de leurs sessions improvisées pour les assembler par collages (montage, accélération, et ralentissement des bandes passées en boucle). Peking O se trouve plus réussi que le terrifiant Augmn, par sa concision et la performance hautement physique de Damo Suzuki, totalement en transe lors de l’enregistrement de sa voix, improvisant jusqu’à déblatérer des paroles dans une langue inconnue et à une vitesse insoutenable. Après un disque aussi radical, le groupe Can va reprendre ses esprits et se diriger vers la lumière, avec Ege Bamyasi.

François.

Tracklist:
1. Paperhouse (7:28)
2. Mushroom (4:03)
3. Oh Yeah (7:23)
4. Halleluhwah (18:32)
5. Aumgn (17:37)
6. Peking O (11:37)
7. Bring Me Coffee or Tea (6:47)
Télécharger Tago Mago

dimanche 2 août 2009

[C'était mieux avant !] : CAN, le rock en mutation

"Can were our clarion call, our initition to our future" - Thurston Moore (Sonic Youth)

Le krautrock (musiques expérimentales allemandes des années 70) a ressurgi au milieu des années 90, grâce entres autres au livre du passionné Julian Cope (Krautrock Sampler). De ce mouvement, on en retiendra deux tendances : les longues contemplations électroniques, dites "kosmic" (Tangerine Dream, Cluster, Klaus Schulze, Harmonia), et le rock psychédélique free (Amon Düül II, Ash Ra Tempel) et/ou "motorik" (Can, Faust, Neu !). Parmi tous ces groupes, Can affichait très vite sa différence en arrivant à combiner répétitions et chaleur organique. Leur musique moderne (encore pour aujourd’hui) se base sur trois éléments indissociables et fondateurs : la recherche, la transe, et le groove.

Des expérimentations sur les structures libres des morceaux, les textures sonores, le traitement des bandes et l’utilisation des synthétiseurs ; une transe par des rythmes répétitifs rapides ; et un groove de tous les instants qui emmènent l’avant-garde vers la lumière. De cette approche organique, Can y élabore des compositions en spirales infernales, en y mettant la batterie constamment en avant.

La maturité prématurée du groupe teuton ne vient pas de nulle part : les 4 membres piliers sont quasiment tous musicologues. Le bassiste Holger Czukay, professeur de musique et élève de Stockhausen ; le claviériste Irmin Schmidt, directeur d’orchestre et compositeur primé au conservatoire ; le guitariste et violoniste Michael Karoli, ancien élève de Czukay ; et le batteur de jazz Jaki Lebeizeit, passionné de musiques ethniques. Ensemble, avec 2 chanteurs successifs (Malcolm Mooney et Damo Suzuki), et influencés par le rock anglo-saxon, ils injectent dans leur rock sous acides de l’avant-garde, tout en y accordant une place majeure aux mélodies.

Aujourd’hui, de nombreux musiciens de tous horizons se réclament de l’influence de Can : légendes du rock (David Bowie, Joy Division), rock expérimental (Brian Eno, Public Image Limited, Sonic Youth, Radiohead), trip-hop (Portishead), hip-hop (Kanye West, qui a repris Sing Swan Song), ainsi qu’une multitude de DJ's (Aphex Twin en tête). Leur avance de plusieurs décennies n’est plus à démontrer, il ne reste plus qu’à se laisser hypnotiser.

Grâce à un enregistrement en autarcie (le groupe possédait son propre studio), à leur maitrise de la science musicale et à leur ouverture aux musiques du monde, leur style ne cesse d’évoluer, du rock primitif de Monster Movie au rêve tropical de Future Days. A partir de demain, toute la semaine sera consacrée à une rétrospective des 5 premiers et meilleurs albums de Can (de 1969 à 1973), tous essentiels dans leur genre.

François.