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vendredi 7 août 2009

[C'était mieux avant !] : Can #5 - Future Days (1973)




Avec Future Days, Can s’immerge dans les profondeurs de la forêt tropicale, éclairé par un rayon cosmique comme seul guide. En cohérence avec les influences world music acquises depuis Ege Bamyasi, le groupe développe brillamment un changement majeur d'écriture (ambiances lumineuses, couleurs vives, textures aériennes) pour accoucher d’une bossa nova de science fiction, une musique calypso de fin du monde. Il y a ici une empreinte proche des musiques ambient (lignes ondulantes, vagues de chaleurs, douceurs brumeuses), mais toujours dominée par ce rythme obsédant si cher au groupe. Jaki Liebeizeit enrichit son jeu métronomique d’accélérations free, au milieu des multi-couches synthétiques d’Irmin Schmidt et des guitares incandescentes de Michael Karoli.

Après plusieurs mois d'explorations, il m’est toujours difficile d’en sortir sans y découvrir de nouveaux détails. Une abondance d’éléments environnementaux (orchestrés par Holger Czukay) occupent tout l’espace sonore, et attribuent au disque une forte dimension visuelle (ce qui confère Future Days à un évident et lointain cousin du Merriweather Post Pavilion d’Animal Collective). Les rêvasseries de Damo Suzuki en forme de berceuses pour enfants émergent délicatement de ce fourmillement contemplatif, formant un tourbillon d’affects apaisants. Malgré la multitude d’effets synthétique venant des claviers, l’alchimie presque métaphysique entre les musiciens persiste, car avant tout guidée par des pulsions physiques. Ce disque monde aux richesses inépuisables place Can au sommet de sa créativité.

François.

Tracklist:
1. Future Days (9:30)
2. Spray (8:29)
3. Moonshake (3:04)
4. Bel Air (19:52)
Télécharger Future Days

dimanche 2 août 2009

[C'était mieux avant !] : CAN, le rock en mutation

"Can were our clarion call, our initition to our future" - Thurston Moore (Sonic Youth)

Le krautrock (musiques expérimentales allemandes des années 70) a ressurgi au milieu des années 90, grâce entres autres au livre du passionné Julian Cope (Krautrock Sampler). De ce mouvement, on en retiendra deux tendances : les longues contemplations électroniques, dites "kosmic" (Tangerine Dream, Cluster, Klaus Schulze, Harmonia), et le rock psychédélique free (Amon Düül II, Ash Ra Tempel) et/ou "motorik" (Can, Faust, Neu !). Parmi tous ces groupes, Can affichait très vite sa différence en arrivant à combiner répétitions et chaleur organique. Leur musique moderne (encore pour aujourd’hui) se base sur trois éléments indissociables et fondateurs : la recherche, la transe, et le groove.

Des expérimentations sur les structures libres des morceaux, les textures sonores, le traitement des bandes et l’utilisation des synthétiseurs ; une transe par des rythmes répétitifs rapides ; et un groove de tous les instants qui emmènent l’avant-garde vers la lumière. De cette approche organique, Can y élabore des compositions en spirales infernales, en y mettant la batterie constamment en avant.

La maturité prématurée du groupe teuton ne vient pas de nulle part : les 4 membres piliers sont quasiment tous musicologues. Le bassiste Holger Czukay, professeur de musique et élève de Stockhausen ; le claviériste Irmin Schmidt, directeur d’orchestre et compositeur primé au conservatoire ; le guitariste et violoniste Michael Karoli, ancien élève de Czukay ; et le batteur de jazz Jaki Lebeizeit, passionné de musiques ethniques. Ensemble, avec 2 chanteurs successifs (Malcolm Mooney et Damo Suzuki), et influencés par le rock anglo-saxon, ils injectent dans leur rock sous acides de l’avant-garde, tout en y accordant une place majeure aux mélodies.

Aujourd’hui, de nombreux musiciens de tous horizons se réclament de l’influence de Can : légendes du rock (David Bowie, Joy Division), rock expérimental (Brian Eno, Public Image Limited, Sonic Youth, Radiohead), trip-hop (Portishead), hip-hop (Kanye West, qui a repris Sing Swan Song), ainsi qu’une multitude de DJ's (Aphex Twin en tête). Leur avance de plusieurs décennies n’est plus à démontrer, il ne reste plus qu’à se laisser hypnotiser.

Grâce à un enregistrement en autarcie (le groupe possédait son propre studio), à leur maitrise de la science musicale et à leur ouverture aux musiques du monde, leur style ne cesse d’évoluer, du rock primitif de Monster Movie au rêve tropical de Future Days. A partir de demain, toute la semaine sera consacrée à une rétrospective des 5 premiers et meilleurs albums de Can (de 1969 à 1973), tous essentiels dans leur genre.

François.