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dimanche 10 août 2008

[Tourne Disque] : CSS - Donkey

Label : Sub Pop
Sortie : 22/07/08
2,5/5








Oleum Perdidisti Cansei De Ser Sexy. C'est un véritable crève coeur que de se voir affliger le douloureux pensum de mettre une note médiocre à un groupe qui ne mérite pas ça, qui a fait de son mieux mais n'a pas réussi. Comme un ami qui échoue au bac quand on a réussi à l'avoir, on se sent gêné d'assister à la débâcle d'un groupe qu'on aime bien. Quel cruel dilemme qui s'exprime ici entre la pure objectivité qui met en exergue une vérité accablante, et un parti-pris peu professionnel qui donnerait à nos brésiliens le bon dieu sans concessions parce que, franchement, c'est presque nos copains.

Le premier album de CSS n'était pas génial. Franchement inégal, il semblait se chercher dans des genres mal digérés, le tout avec un coté débile un peu gênant, et une palette de sons electro ignobles par endroits. Mais il était trop charmant pour qu'on en dise du mal. Ne faites pas vos intellos, c'est de toute façon mieux vu d'aimer ce morceau que de cracher dessus : Let's Make Love And Listen To Death From Above était le truc à faire danser en 2006, et si vous avez fait l'effort d'écouter en entier leur premier essai, à coté de choses profondément ennuyeuses, vous étiez obligé de trouver un morceau à vous passer en boucle. On évoquait le rock indépendant américain des 90's, l'electro-pop de groupes comme Le Tigre, certains allait même jusqu'à penser à Blondie, mais l'idée principale était la même : CSS n'était pas encore un autre groupe qui fait un tube et disparaît, non, on attendait réellement quelque chose d'eux. Pas qu'ils nous sortent un Sgt Pepper, mais ce groupe était prometteur à sa maigre échelle de groupe de pop du nouveau siècle et on était presque un peu impatient de voir comment le groupe allait s'en sortir avec le toujours-très-difficile-deuxième-album. Il fallait faire attention, il ne fallait utiliser encore les mêmes recettes, il ne fallait pas refaire Let's Make Love, il ne fallait pas rester dans un entre-deux electro/rock qui ne pouvait passer que sur un premier album, il fallait rester toujours aussi efficace mais en enrichissant le son : il fallait pas faire exactement la même chose, sinon tout le monde aurait cracher dessus, mais recréer la même fraîcheur que celle du premier album. Le top du top aurait été de faire passer le groupe de petit plaisir parfois honteux à groupe installé qu'on est fier d'écouter à fond.

Autant dire que c'était impossible. Le voilà le handicap : ce groupe était voué à décevoir, forcement, parce que c'était leur deuxième album et que dans cette situation, on ne peut souvent rien faire face au poids d'un premier album qui a marché, sauf dans des cas exceptionnels. Oh, on espérait naïvement un miracle. Mais maintenant que nous sommes face à l'échec, on est presque gêné pour nous même d'avoir cru en CSS, comme si l'on se désengageait cruellement de la hype, attitude prévisible et lâche. Pourtant, le groupe a vraiment fait essayé, même une écoute superficielle de l'album le montre : le son est plus dense, on sent qu'il y a eu plus d'écriture qu'avant sans qu'ils aient besoin de le rabâcher en interview, le groupe ne reste pas sur deux pauvres accords et une batterie disco. S'inspirant beaucoup plus de groupes comme Metric ou les Breeders (ils reprennent Cannonball religieusement en face-b de leur premier single) sans pour autant suivre leurs constructions sophistiquées, ils approfondissent cet aspect rock déjà présent avec Off The Hook sur leur premier album, dans des morceaux comme Rat Is Dead (Rage) ou Left Behind. Dans Give Up, on se demanderait presque si les "Allright Now!" de Lovefoxx ne sont pas des hommages à ceux de Kim Gordon dans Washing Machine de Sonic Youth. Malheureusement, ce n'est pas convainquant du tout, les morceaux sont relativement plat, pas mauvais mais sans aucun veritable moment fort et tournent un peu en rond malgré quelques bons moments comme l'entêtant Jager Yoga d'introduction, Air Painter, ou le très mignon et 80's Beautiful Song. Même constat quand on écoute les quelques morceaux plus électroniques, pourtant plus étoffés qu'en 2006, comme le très crispant Let's Reggae All Night, incapable de décoller à un seul moment pendant 4 longues minutes qui vieillirons très mal si elles ont la chance de ne pas être oubliées. Et quand les deux se mélangent, les résultats sont encore plus désastreux comme ce How I Became Paranoid qui mêle effroyablement synthés europop et guitares déjà vues.

Condamné à être jugé à la lumière du premier album, malgré toute la bonne volonté du monde, Donkey est un album correct mais enterré d'avance, qui apporte du changement chez CSS mais en perdant dans le même temps, sans que cela soit lié, toute la fraîcheur et l'efficacité du groupe et cela à cause d'une chose toute simple : le temps. Le temps, qui connaît la réponse, à donné la solution malgré les efforts de CSS. On pourrait se demander si l'inverse ne se serait pas produit si Donkey était le premier album du groupe et que le premier était le deuxième. Peut être serais-je en ce moment même en train de dire que tout cela ne vaut pas la bonne époque de Donkey. Mais cela ne change rien au fait que désormais, CSS a perdu son état de grâce en essayant pourtant de bien faire, avec une honnêteté presque désarmante. Et finalement, c'est peut être le morceau Believe Achieve qui résume parfaitement ce deuxième album (dont on parlera peut être en disant que c'est le second album bientôt) : après une introduction ignoble qui sonne comme du mauvais Goldfrapp et des couplets poussifs et inutiles, on se retrouve avec un refrain immense qui est la plus belle chose jamais fait par le groupe, avec guitares acoustiques merveilleuses et piano délicat. Comprendre : entre deux hommages un peu ratés à des groupes meilleurs et des choses insipides et détestables, CSS retrouve parfois des éclairs de génie qui nous rappellent pourquoi on a aimé ce groupe et pourquoi on ne peut pas en dire réellement du mal. Parce qu'au fond, CSS est un bon groupe.

Les gens diront que ce n'est pas le cas, mais je sais que c'est vrai.

Emilien.

un lien : www.myspace.com/canseidesersexy
Lien vidéo de l'album :
Le clip un peu longuet de Left Behind :

dimanche 3 août 2008

[Tourne Disque] : No Age - Nouns

Label : Sub Pop
Sortie : 5 Mai 2008
2,5/5








Je n'ai rien à dire sur l'album de No Age. Enfin non, j'exagère, il ne me laisse pas indifférent, mais j'ai relativement peu de choses à dire dessus, il ne me laisse pas différent. Je n'ai pas envie d'en dire du bien ni du mal, je n'ai rien envie de dire de spécial, juste l'envie d'en parler, allez savoir. L'album de No Age n'a pas grand chose à dire non plus et il a été fait juste pour l'envie de faire de la musique. Si vous avez mieux à faire, n'écoutez pas l'album de No Age et ne lisez pas cette chronique. Encore faut il avoir mieux à faire. Cette chronique est le parfait miroir de l'album de No Age. Tout comme Nouns n'apporte rien ou alors des pacotilles à l'histoire de la musique ou à l'auditeur ou à la préoccupation très fin de siècle de savoir l'avenir de la musique rock, cette chronique ne vous en dira pas plus sur cet album que n'importe qui n'importe où a déjà pu vous dire. Cet album répond à mon vide pseudo-journalistique par son propre creux pseudo-noise-pop-rock et vice-versa. Et, en fin de compte, on oubliera les deux au profit de choses plus intéressantes, et c'est bien naturel.

Mais pour l'heure, il faut en parler, comme il a fallu à notre duo américain faire un album après avoir fait des eps. Je suis pas obligé. Ils étaient pas obligés non plus. Les chansons de No Age sont très simples, comme une phrase sujet verbe complément. Elles se ressemblent toutes un peu. Elles mêlent facilement des ambitions pop et des riffs gentiment intellectuels. Exemple, Here should be my home. C'est très efficace, ça a tout, le rythme, la suite d'accord, les petites notes, l'espèce de mélodie. Théoriquement, c'est impeccable, c'est très bon. Mais on a aucune envie particulière de la réécouter. Multipliez ce cas de figure quatorze fois et vous avez parlé de tout l'album. Album? Succession de chansons en vrac plutôt, autant que ceci est plus une succession de phrases qu'un travail argumenté. Preuve? Le tout se clôt par Brain Burner, morceau sympathique qui se finit de manière banale. Vous écoutez cet album en aléatoire, vous voyez pas la différence. Chaque morceau peut aller vers n'importe quel autre, l'effet sera exactement le même. Parfois, on s'attend à quelque chose, on s'attend à une révélation, le début est très très long et se poursuit pas mal de temps et s'allonge et se prolonge et l'introduction dure pendant plus de la moitié du morceau et puis finalement le refrain arrive et rien. C'est juste un refrain qui ressemble au précédent. Mais comme le précédent était pas mal, celui-ci est pas mal non plus. Ce n'est pas grave.

Je pourrais, par mimétisme, faire comme No Age, je pourrais, trop régulièrement, vous citer des artistes et répéter leurs noms dans un grand name-dropping bien vu. Sonic Youth, Beach Boys, Liars, My Bloody Valentine, Animal Collective. Genres. Punk, noise, pop, rock, expérimental. Blah blah blah. Ils sont tous la, on les entend et dans le même temps, on les entend pas, on entend No Age, on entend rien. L'album est homogène dans un sens : tout les morceaux se ressemblent. Ils sont pourtant différents. Au cours de l'album, No Age se met soudain à faire des choses un peu bizarre et expérimentales et frapadingues et on se dit que c'est drôlement original et paf dans un morceau y'a juste des voix sur du larsen et pfiou on se dit que ces types là sont sans concessions et FOUS sont oh la la super fort un peu comme moi qui ici me met à écrire n'importe quoi sans ponctuation. Des gens l'ont déjà fait? C'est la finalité qui compte, peu importe, le présent importe plus que le passé. Cet album n'est pas braqué sur l'avant. Ni sur l'après. Il est braqué nul part. Je suis sur que, dans le monde, personne ne parle de No Age comme moi tout comme je suis sur que, dans le monde, personne ne fait de la musique comme No Age. Mais pour quoi faire? Avant de parler de cet album, j'ai du l'écouter une bonne dizaine de fois. Je n'arrivais pas à me faire un avis dessus. Pas parce qu'il était trop compliqué ou demandait du temps. Non, parce qu'à chaque fois, je me souvenais même plus de ce que j'avais écouté. Ça me semblait pas mal mais ça me marquait pas du tout. Ça ne provoquait aucune réaction, ça ne mettait en jeu aucun sentiment. C'est toujours pareil aujourd'hui, mais maintenant, j'ai l'impression de le connaître un peu par coeur. Tout en ayant toujours aucun avis dessus. C'est une sensation tranquillement terrifiante. Alors j'en parle pour plus avoir à l'écouter, pour figer mon avis même si il est inexistant et j'ai mis la moyenne pour qu'il me laisse tranquille.

Voilà, c'est fait et c'est tout. J'ai dis à peu près ce que j'avais à dire. J'ai beaucoup parlé de moi et je suis tombé dans la facilité, mais l'album de No Age parle aussi beaucoup de lui et se regarde un peu jouer des choses clichées. Et finalement, que ce soit après avoir écouté Nouns ou après avoir lu cette chronique, le même constat tombe, désolant et bête : il ne vous en reste rien et vous avez juste occupé un peu de votre temps. Mais nous, No Age et moi, sommes content que vous l'ayez fait avec nos machins. Nous sommes en mai 2008, nous sommes en août 2008. Il ne se passe rien de spécial.

Emilien.

lien : www.myspace.com/nonoage
Extrait vidéo de l'album :
Le clip de Eraser, si vous n'avez rien de mieux à regarder :